L’Etat de Santé Général du Patient

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Dans le n° 139 de sa Lettre, l’Ordre des Chirurgiens-Dentistes a publié, sous la plume de David Jacotot, Docteur en Droit et Maitre de Conférences des Universités, un résumé et une analyse d’une décision de justice récente et de la plus haute importance. En voici un extrait :

La loi enseigne que le professionnel de santé engage sa responsabilité civile, en cas de faute. Néanmoins, elle ne définit pas la faute médicale; ce sont les juges qui, au fur et à mesure des décisions de justice, sont venus clarifier ce qui est ou n’est pas fautif. Par un arrêt du 5 mars 2015, la Cour de cassation apporte une « nouvelle facette » à la faute médicale : est une faute le non-respect du « devoir se renseigner avec précision sur l’état de santé antérieur du patient afin d’évaluer les risques encourus et de lui permettre de donner un consentement éclairé. »

Pour lire l’intégralité de l’article (fortement conseillé) : cliquez ici et rendez-vous à la page 38.

POURQUOI EST-CE SI IMPORTANT?

Les interactions entre la santé buccale et la santé générale sont multiples et sont à double sens. Connaitre l’état de santé général d’un patient va permettre de préciser le diagnostic et le pronostic global.

Nous avons déjà insisté sur les liens entre les maladies inflammatoires chroniques et l’état de santé parodontal, le lien entre le reflux gastro-oesophagien et l’érosion dentaire ou la maladie carieuse, les désordres neurologiques et les parafonctions dentaires. La liste serait trop longue pour tous les citer…

L’évaluation de l’état de santé général participe donc, dans une large mesure, à la définition des facteurs de risques bucco-dentaires et du pronostic des traitements odontologiques. C’est donc, en ce sens, un élément fondamental du plan de traitement en médecine ou en chirurgie dentaire.

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LE RECUEIL DES DONNÉES MÉDICALES

Si vous n’utilisez pas de document écrit faisant office de check-list, et que vous vous contentez d’un rapide questionnaire oral et informel, c’est que vous sous-estimez dangeureusement cette étape.
Faites donc le test : demandez d’abord à vos patients s’ils ont des problèmes de santé. A tous ceux qui répondent par « Non, tout va bien », demandez alors : « Prenez-vous des médicaments? » Plus de la moitié répondront alors par l’affirmative!

Car avoir des problèmes de santé et se sentir malade sont deux choses bien différentes et passé un certain âge, les patients prennent de plus en plus de médicaments sans même savoir pourquoi, par habitude. C’est la triste réalité.

L’examen de l’état de santé général doit se faire par l’intermédiaire d’un questionnaire médical écrit et standardisé que le patient doit remplir et préciser, avec l’aide du praticien, avant toute prescription ou manoeuvre thérapeutique.

La meilleure stratégie, pour être précis dans ce recueil des données, n’est pas de faire remplir le questionnaire médical en salle d’attente 5 minutes avant la première consultation mais quelques jours avant. Le protocole d’accueil téléphonique que nous avons déjà abordé ici et là doit aboutir à l’envoi, par courrier ou par e-mail, du questionnaire médical au domicile du patient. Le patient, pour le remplir avec la plus grande précision, va pouvoir consulter ses ordonnances, les posologies ou demander l’aide de son médecin traitant en cas de doute.

Hand filling out checklist on clipboard with a pen

CE QUE NOUS APPRENNENT LES DONNÉES MÉDICALES

Savoir que le patient patient souffre de telle ou telle pathologie et qu’il prend tel ou tel médicament est une chose. Savoir ce que cela veut dire en est une autre.

Avant une intervention chirurgicale sous anesthésie centrale, les anesthésistes utilisent la classification ASA (American Society of Anesthesiology) qui leur permet de différencier quatre catégories de patients selon leur risque médical :

  1. Risque ASA faible : patient en bonne santé, capable de gravir des escaliers sans difficultés; peu ou pas anxieux. Exclut les patients très jeunes et très âgés.
  2. Risque ASA modéré : fumeur sans maladie pulmonaire chronique; obésité modérée, HTA modérée et contrôlée; maladies de la thyroïde; diabète de type II contrôlé; grossesse avant le 6ème mois; asthme; épilepsie contrôlée; angor stable; antécédents d’infarctus dans les 6 mois qui précèdent sans autre symptôme; patients âgés de plus de 60 ans.
  3. Risque ASA élevé : Problèmes de santé sévères limitant l’activité du patient : Diabète de type I; obésité morbide; angor instable; HTA non contrôlée; dernier trimestre de la grossesse; chimiothérapie; maladie pulmonaire obstructive chronique; hémophilie; asthme sévère; épilepsie sévère; antécédents d’infarctus dans les 6 derniers mois avec symptômes supplémentaires actuels.
  4. Risque ASA critique : problèmes de santé mettant en danger la vie du patient.

CONCLUSION

Grâce à un questionnaire et à un l’interrogatoire médical systématiques, on peut voir se dessiner  trois notions fondamentales :

  1. L’odontologie est une discipline médico-chirurgicale et le cabinet dentaire tient compte de l’état de santé et du bien être général des patients.
  2. La santé et le bien être général ont un impact sur la santé bucco-dentaire et inversement, les pathologies dentaires ont une influence sur la santé et le bien être général.
  3. Certaines situations médicales imposent des précautions, voire une abstention thérapeutique, et même si le traitement odonto-stomatologique a été parfaitement mené, des récidives et/ou complications peuvent survenir en raison de l’état de santé général du patient ou de ses altérations.

Ces notions doivent être à la portée de tous les praticiens et de tous les patients.


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