La Prémédication Anxiolytique

La dentophobie est l’angoisse, la peur, voir la phobie liée aux soins dentaires. Elle touche 30% des patients et trouve bien souvent son origine dans des expériences traumatisantes pendant l’enfance. Bien que certains de nos patients puissent avoir une nature anxieuse – non spécifique aux soins dentaires – les patients souffrant de dentophobie sont très difficiles à prendre en charge car :

  • ils retardent souvent les soins jusqu’aux dernières limites
  • leurs réactions émotionnelles pendant les soins sont exacerbées et irrationelles
Patient de 32 ans, dentophobique se présentant au cabinet pour une pulpite aigüe sur 21. Les séances de soins s’annoncent difficiles…

QUESTIONNER SYSTEMATIQUEMENT

Pour ne pas passer à côté d’un patient dentophobique, ce qui pourrait revenir à entretenir sa phobie, il est très utile de poser systématiquement la question au moment de l’entretien initial.

A la question :  » Avez-vous peur des traitements dentaires? Si oui : cotez votre peur de 0 à 10 (1= peur minimale ; 10 = peur maximale). A partir de 8, on peut considérer que le patient est dentophobique.
Quelle que soit la réponse du patient, il est bon de demander si le patient a déjà vécu une expérience dentaire défavorable et de détailler le cas échéant. Vous lui permettez d’exprimer l’origine de sa peur, d’être écouté et de créer un lien avec lui. Vous éviterez, autant que faire se peut, de reproduire les mêmes conditions.

EXPLIQUER PATIEMMENT, AGIR DOUCEMENT

Le patient dentophobique doit être examiné délicatement, en expliquant préalablement vos moindres faits et gestes. Le patient dentophobique a besoin de retrouver confiance en son soignant.

L’environnement du cabinet ne doit pas être agressif : couleurs douces, lumière naturelle, odeurs agréables, musique douce et isolation phonique des salles de soins. Ne pas prolonger l’attente d’un patient anxieux.

Il faut enfin et surtout veiller à éviter toutes les stimulations douloureuses notamment au cours de l’acte le plus redouté : l’anesthésie. Cliquez ici pour apprendre à piquer sans faire mal.

PREMEDICATION

Le but est d’obtenir le confort physique et psychique du patient afin de faciliter la réalisation des soins.
La molécule de choix sera une benzodiazépine à action anxiolytique :

  • Le diazépam (Valium®) est sans doute la substance la mieux étudiée et la plus utilisée mais sa demi-vie est longue
  • Le lorazépam (Temesta®) ou l’oxazépam (Séresta®) ont des demi-vies plus courtes et semblent mieux adaptées.

Les contre-indications  :

  • Allérgie connue à un des composants
  • Insuffisance respiratoire sévère
  • Syndrome d’apnée du sommeil
  • Insuffisance hépatique
  • Myasthénie
  • Alcoolisme

La posologie :

  • Diazépam 5mg : 1 à 2 comprimés la veille au soir et 1 à 2 comprimés 1 heure avant le soin.
  • Lorazépam 1mg : 2 comprimés la veille au soir et 2 comprimés 1 heure avant le soin
  • Oxazépam 10mg : 1 à 2 comprimés la veille au soir et 1 à 2 comprimés 1 heure avant le soin.

Chez la personne âgée, les doses sont réduites de moitié.
Chez l’enfant, la prescription anxiolytique est déconseillée. Les techniques de sédation conscientes au protoxyde d’azote doivent être privilégiées et délivrées par une équipe accréditée.

N.B : Le prescripteur doit s’assurer que le patient est bien accompagné et qu’il ne conduit pas de véhicule pendant la durée d’action du produit.

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6 commentaires sur “La Prémédication Anxiolytique”

  1. Floe

    Bonsoir , à partir de quel âge peut on utiliser les anxiolytiques, est ce qu’on doit tenir compte du poids ( par exemple enfant de 12 ans mais qui a la stature d’un adulte?)
    Très bonne soirée

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    • thedentalist

      D’après le VIDAL, l’utilisation chez l’enfant doit rester exceptionnelle. Les doses doivent être diminuées de moitié et le rapport bénéfice/risque scrupuleusement évalué.
      Mon interprétation personnelle fait que je ne prescrit JAMAIS d’anxiolytiques à des enfants. Un enfant anxieux ou phobique vis à vis des soins dentaires doit être pris en charge de manière spécifique par une équipe soignante formée et habilitée à l’utilisation de la sédation consciente au protoxyde d’azote. C’est de loin la meilleure solution.
      Les considérations médico-légales font que je ne prescrit pas de benzodiazépines avant l’âge légal de 18 ans.

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      • AliBaba

        bonjour,
        Je me méfie des bzp qui présentent des risques d’accoutumance (le patient en garde une pleine boite dans sa pharmacie et il y a des personnalités fragiles chez les anxieux…), je préfère prescrire un antihistaminique (atarax). Je ne prends pas non plus en charge les enfants anxieux, mais ce type de prémédication est utilisable chez l’enfant (une copine pédo utilise le théralène).
        Merci pour ce merveilleux blog qui allie tout à la fois, exigence technique, rigueur éthique et une constante élégance dans la réponse aux commentaires (même les plus cavaliers !). C’est une source de réflexion et d’inspiration formidable !

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        • thedentalist

          Salut AliBaba,
          Tu as raison de te méfier de l’auto-médication des patients car elle est potentiellement dangereuse. Le mieux est de spécifier sur l’ordonnance les quantités strictement nécessaires même si le pharmacien doit délivrer deux cachets au patient. Cela vaut pour les antibiotiques, les antalgiques, les bains de bouche, etc.
          Merci d’avoir livré tes impressions car j’y vois une preuve que ce blog atteint les objectifs qu’il s’est initialement fixé. Je suis ravi que tu y trouves ton compte! J’y trouve le mien lorsque je lis ton commentaire enthousiaste.
          Au plaisir de te lire.

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  2. N.A. patient

    Bonjour,
    Je vous remercie pour l’investissement et informations communiqués, ainsi que les commentaires très professionnels.
    Je souhaiterais obtenir de véritables conseils, sur la conduite à tenir, sans trop entrer ds les détails.
    Dentophobique mais aussi hyperesthesique, j’ai toujours su exprimer ces points, néanmoins la systémique de situations « inappropriées » et innombrables, me conduisent encore aujourd’hui à supporter une errance de prise en charge, entiere et totale.
    A moins de 50 ans le travail est colossale et l’accumulation de ces situations engendrent toujours actuellement à en supporter tant la peur, que des actes radicaux et aussi un coût financier non négligeable.
    A traiter une parodontite (diagnostiquée, après 4 praticiens differents) , d’abord traumatisée par l’acte de surfaçage (gencive arrachée), je me suis tournée vers un paro qui traite au laser. Mais qui la encore, est « passé » à côté d’un problème et du coup, acte irréversible: extraction.
    Pathologie aux conséquences lourdes sur l’état de santé général, si pas de prises en charge médicale, mais alors que les risques sont exponentielles, il n’y a aucune prise en charge financière, secu et/ou mutuelle, du coup les honoraires se chiffres en milliers d’euros pr 1 traitement à vie … ni considération de la situation auprès de certains chirurgien-dentiste, qui auront su laisser en l’état et accroître l’aggravation.
    Très troublant.
    Je reste persuadée que les antécédents ont engendrer ces problèmes de santé, mais aussi à supportée seule leur conséquences.
    Ayant rencontré des praticiens peu « attentifs ».
    La franchise étant de mise en pareil situation, aura pr effets que de laisser à l’esprit de(s) medecin(s) que je suis « trop sensible » donc ce que j’avance, n’est pas pris en compte, entendu, tout simplement ignoré.
    J’en fait encore les frais à ce jour, j’ignore comment interpeller les praticiens, sans que ce ne soit perçu comme un « caprice » ou comme beaucoup de patients avance leur phobie, mais réellement considéré, avec sérieux et professionnalise, indispensable.
    Merci à vous, dans l’espoir de recevoir un retour de votre part, même 1 seul mot qui pourrait faire écho à vos confrères.
    Merci
    N.A.

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    • thedentalist

      Madame,
      Malgré que ce site soit réservé aux professionnels de l’art dentaire, nous avons choisi de partager votre commentaire. Votre témoignage est très révélateur de l’anxiété liée aux soins dentaires, de ces conséquences mais aussi révélateur du ressenti des patients face à des praticiens qui ne tiendraient pas réellement compte de cette problématique.
      Je formule donc deux voeux : que vous puissiez trouver un praticien qui puisse vous prendre correctement en charge avec sérieux et empathie, et que ce témoignage résonne dans l’esprit de tous les lecteurs de ce blog pour une meilleure prise en charge des patients.
      Bien cordialement.
      The Dentalist.

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