Comment Déjouer les Pièges de la CMU?

2014NOV06-61

Depuis son introduction en 2000, la Couverture Médicale Universelle (CMU) reste une mesure controversée. Bien qu’elle permette l’accès gratuit aux soins d’urgence pour les plus démunis, son rapport coût/efficacité est contestable et ses résultats restent discutables. De plus, comme beaucoup de dispositifs d’aide sociale, les dérives, les abus et les fraudes sont nombreux et ce serait un cruel manque de lucidité que de continuer à prétendre le contraire.

UN PIÈGE POUR LE PATIENT

Les patients peuvent bénéficier de la CMU pour faciliter l’accès à des soins de première urgence. Paradoxalement, les patients bénéficiant de la CMU peuvent aussi en être victimes, à leur insu, car ils ignorent que les soins autorisés par la Sécurité Sociale sont de piètre qualité et sous rémunérés. Résultat : ces soins sont très souvent mal indiqués, bâclés, sans aucun conseil préventif ou comportemental. Cette logique a tendance à enfermer le patient dans une spirale négative de soins subis et l’aubaine de la CMU peut rapidement se transformer en une perte de chance.

Pour preuve, le cas clinique d’une patiente âgée de 34 ans, bénéficiaire de la CMU depuis quelques années, et qui consulte pour des douleurs dentaires.

L’entretien révèle un reflux gastro-oesophagien, une consommation tabagique de 10 à 15 cigarettes par jour et le port d’un stérilet. La patiente ressent une anxiété importante vis à vis des soins dentaires, exacerbée par une mauvaise expérience lors de ses précédents soins dentaires. Elle exprime au passage une doléance esthétique concernant la CCM posée sur la dent 14 et dont les limites très supra-gingivales sont disgracieuses et la complexent.

CMU dentaire1
CMU dentaire2
CMU dentaire3

A l’examen clinique, on ne peut pas dire que la situation dento-parodontale soit calamiteuse. L’hygiène est correcte mais on note un nombre déjà important de dents excessivement restaurées (15, 14, 26, 37, 36, 35, 46).

CMU radios

Le bilan radiographique montre les signes très légers d’une parodontite débutante mais surtout un nombre important d’atteintes carieuses de grande étendue (16, 15, 13, 24, 25, 36, 45, 46).

Le diagnostic et l’analyse des facteurs de risque permettent d’évaluer le pronostic en l’absence de traitement :

  • Médical : Réservé car si aucune mesure n’est mise en place pour maitriser l’anxiété, le tabac et le reflux gastro-oesophagien, l’état bucco-dentaire de la patiente se dégradera.
  • Parodontal : Réservé car si aucune mesure n’est mise en place, l’état parodontal continuera à se dégrader, d’autant plus que la patiente est jeune.
  • Dentaire : Désespéré car si aucune mesure préventive/curative n’est mise en place, les atteintes des tissus dentaires vont progresser extrêmement rapidement.
  • Fonctionnel : Réservé car même si la patiente ne présente pas de signes, symptômes ou facteurs de risque particuliers, la dégradation de l’état dentaire aura probablement un impact fonctionnel.
  • Esthétique : Réservé car les dégradations dento-parodontales futures et leurs réparations CMU risquent de ruiner progressivement le sourire de la patiente.

On peut alors légitimement se poser les questions suivantes : le panier de soins de la CMU est-il adapté à la prise en charge de notre patiente? Permet-il de réaliser des soins pérennes et faire espérer une stabilisation à long terme de sa denture?

Nous avons posé ces questions à la patiente, après lui avoir expliqué sa situation. Nous lui avons expliqué que les soins d’urgence (identification des facteurs de risque, curetage des lésions carieuses, détartrages…) pouvaient être pris en charge par la CMU mais que la restauration et la consolidation des dents fragiles (restaurations indirectes collées avec préservation de la vitalité pulpaire) et les traitements esthétiques ne pouvaient l’être. La patiente, sensible à l’honnêteté de cette rhétorique inédite, accepte de suivre nos recommandations et nos propositions de traitement, même si elle doit apporter un complément d’honoraires.

Le souci d’efficacité en médecine doit nous inciter à rechercher, pour un patient individuel, les méthodes de traitement qui sont, pour lui ou la société, les moins coûteuses et les plus efficaces à long terme.

UN PIÈGE POUR LE PRATICIEN

La plupart du temps, lorsqu’on entend parler de la CMU en politique ou dans les médias, le discours est manichéen : les gentils pauvres CMU innocents et les méchants docteurs nantis qui refusent de les soigner. La réalité des consultations, inconnue des idéologues et des journalistes n’est pourtant pas aussi simple.

Pour les professionnels libéraux de santé, la CMU est un double fardeau. Les indépendants et les libéraux participent sans commune mesure à l’effort social de redistribution avec des taux de prélèvements inégalés. Et ces mêmes professionnels libéraux de santé se voient imposer de prendre en charge, et à perte, les bénéficiaires de cette aide.

cmu-un181

La charité obligatoire, aggravée par les mauvais comportements de certains patients bénéficiaires (retards, absentéisme, manque de respect, faible observance des traitements…) ont poussé certains praticiens, exaspérés, à limiter voire refuser les patients CMU. Mais des programmes de « testing téléphonique », où des enquêteurs se font passer pour des bénéficiaires de la CMU et demandent des rendez-vous au hasard des cabinets libéraux du territoire, exposent les praticiens à un piège supplémentaire.
Alors, voici comment l’éviter :

Lors de la toute première consultation au cabinet dentaire, après l’entretien et l’examen clinique, et avant d’aller plus loin, le patient doit accepter le « pacte CMU ». Ce pacte est très simple à comprendre et vise au respect de deux principes fondamentaux :

  • La ponctualité : le patient doit mesurer la chance, unique au monde, qu’il a de pouvoir être reçu et soigner gratuitement. En cela, il ne peut pas se permettre le moindre retard ou le moindre oubli d’une séance de soins. Tout manquement à cette obligation de base est intolérable.
  • L’hygiène bucco-dentaire : le patient ne doit pas être incité à croire qu’il peut s’en remettre totalement au praticien et à la CMU pour améliorer sa propre santé. Sans effort de modification de son comportement (alimentaire, hygiène, tabac…) le patient ne feraient qu’anéantir les soins réalisés. Le résultat serait alors extrêmement délétères pour le patient, le praticien et la société dans son ensemble.

Si l’une ou l’autre de ces deux conditions n’est pas respectée, aucun soin, en dehors du cadre de l’urgence, ne peut être envisagé.

L’éthique du professionnel de santé est de soigner tous les individus qui le nécessitent et qui le souhaitent sans discrimination aucune et avec la même intégrité. Mais le patient bénéficiaire d’une extension de ses droits en matière d’accès aux soins doit aussi comprendre les devoirs que lui imposent le pacte social et la relation thérapeutique.

UN PIEGE POUR LE POLITIQUE

« Si tu donnes un poisson à un homme qui a faim, il en mangera un jour; si tu lui apprends à pêcher, il en mangera tous les jours.« 

 

Les conditions d’attribution de la CMU en France posent problème. D’abord, il n’y a aucune contre-partie. Ensuite, l’administration définit un plafond de revenus en dessous duquel il est possible de prétendre à la CMU. Mais on ne parle que de revenus, pas de ressources. Un nombre non négligeable de personnes bénéficiant de la CMU tirent leurs ressources d’héritages familiaux, de dons ou du travail non déclaré. Il est courant de voir arriver des patients bénéficiant de la CMU en voiture neuve, le dernier smartphone dans une main et un paquet de cigarettes dans l’autre…

L’Etat Nounou ou la République des Bisous

D’autres personnes, dont les revenus sont immédiatement en deçà du plafond de revenu (petites retraites, travailleurs pauvres…) n’ont pas le droit à la CMU alors que leur niveau de vie l’exigerait. D’autres encore, par dignité, ne réclament pas ces aides alors qu’elles y auraient légitimement droit.

L’ampleur des fraudes et l’absence de contrôles ne font qu’amplifier la défiance et le ressentiment d’une frange toujours croissante de la population envers un système de protection sociale qui glisse lentement mais sûrement vers l’assistanat. D’ailleurs, la Loi Santé de Marisol Touraine ne vise-t-elle pas, en quelque sorte, à imposer une CMU pour tous?

CONCLUSION

La CMU peut donc bel et bien constituer un piège sanitaire pour le patient, éthique et économique pour le praticien et politique pour les dirigeants du pays. Mais contrairement au politique, le médecin ne cherche pas à contenter tout le monde et le patient, lui, ne se soucie que de sa propre santé.

Nous avons déjà eu l’occasion de dire ici et  que le grand tort des (ir)responsables politiques en matière de santé et de continuer à croire que l’on peut soigner tout le monde avec le même remède et obtenir des résultats identiques.

Le mythe électoral, qui consiste à prétendre que l’Etat dispose de tous les moyens moraux, techniques et financiers pour subvenir à tous les besoins de tous les individus, doit être relativisé. Il appartient au soignant de respecter et de responsabiliser la personne qui le consulte en lui disant la vérité et en lui laissant sa part de libre arbitre en ce qui concerne son propre corps et sa propre santé.


A lire également :
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12 commentaires sur “Comment Déjouer les Pièges de la CMU?”

  1. Simon

    Merci pour ton article tout à fait justifié.
    Une remarque cependant, ce que tu appels le « pacte CMU » est stigmatisant, en effet tout patient n’honorant pas sa présence aux Rdv ou ne suivant pas les conseils d’hygiène bucco-dentaire est suceptible d’être viré. C’est le cas chez moi, et les patients sont rapidement prévenus en cas de non respect de ces règles de bases, je dirait de politesse.
    Le pb réel est financier, le panier CMU aux montants indiqués est incompatible avec une dentisterie de qualité permettant de préserver le système bucco-dentaire sans perte de chance.
    Prévention +++ des populations en difficulté, voilà une des principales clés.
    Bises

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    • thedentalist

      Cher ami,
      Merci pour cette remarque. Tu as raison, ce « pacte » s’applique, en théorie, à tous les patients, sans distinction. Et il nous arrive tous d’accepter des dérogations. Avec la CMU, par expérience, si les choses ne sont pas clarifiées et verbalisées de cette manière lors de la première consultation (des soins consciencieux et du respect en échange de ponctualité et de compliance) pour éviter en amont les excuses bidon (du type « j’ai crevé », « j’ai confondu l’heure du RDV », « il y a eu une invasion de criquets », « une météorite est tombé sur ma maison »…) pour justifier des absences, des retards et des atermoiements. La tolérance est nulle parce que CMU il y a.
      Concernant l’hygiène, le patient est reprogrammé pour un contrôle de l’application des conseils donnés tant que la situation n’est pas acceptable pour commencer les soins. Seuls les plus motivés ne se lasseront pas.
      C’est toujours un plaisir de te lire sur le site.
      A bientôt.

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  2. Matt

    Quand vous parlez du pacte CMU, je pense notamment à la ponctualité du rendez vous (et je ne parlerez que de ca), vous savez, les médecins aussi ne respectent pas les heures : mon dernier cas : rendez vous à 15h00, il me prends à 15h40.
    Je suis moi même en profession libérale (en conseil), mais moi, quand je donne rendez vous à 15h, et que la personne est présente à l’heure dite, et bien, je la prends à 15h !
    Rien que ce non respect de la clientèle me sidère de la part des médecins !

    Note : Oui, j’ai la CMU+ CMU-C, et lire un tel article + commentaires, me fait réagir !
    Je rêve d’une chose au sein du gouvernement : l’obligation de publication des comptes des médecins, kiné et autres profession de santé (chaque année, comme pour toutes les sociétés).

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    • thedentalist

      Bonjour Matt.
      La problématique de la ponctualité des médecins a déjà été abordée dans un autre article que je vous invite à lire en cliquant ici.
      Personnellement, (et je ne suis pas le seul) je fais tout mon possible pour recevoir à l’heure car je considère que le temps de mes patients est aussi important que le mien. Cela dit, il m’arrive d’être en retard : une urgence, un imprévu chirurgical, un patient qui présente un diagnostic complexe, un autre qui a besoin de plus d’explications ou bien un/des patient(s) qui est arrivé en retard plus tôt dans la journée… mais je me de dois consacrer à chacun le temps nécessaire (même si je ne suis pas payé un centime de plus).
      Je vous pose donc la question ainsi : apprécieriez-vous qu’un médecin ne vous donne pas d’explications sur votre état de santé sous prétexte que quelqu’un attend en salle d’attente? aimeriez-vous que le chirurgien ne termine pas son intervention chirurgicale correctement parce que quelqu’un s’impatiente en salle d’attente?
      Les cabinets médicaux, sous l’ampleur de la pression fiscale et réglementaire, ne peuvent pas embaucher les auxiliaires dont ils auraient pourtant besoin. Si l’on doit parfois attendre en salle d’attente, il ne s’agit pas forcément d’un manque de respect mais bien souvent d’un manque de moyens.

      Concernant votre dernière remarque, qui semble refléter l’idée que les professionnels de santé gagneraient trop d’argent et que cela serait la cause principale de nos problèmes de santé publique, elle reflète – pardonnez-moi – là aussi une méconnaissance de ce qu’est l’exercice de la médecine en France et que l’on retrouve assez typiquement dans les discours de ces hommes et de ces femmes politiques qui sont désormais eux aussi soumis à la publication de leurs patrimoines et qui font des pieds et des mains pour les minimiser et les maquiller. Pensez-vous que cela permettent une moralisation de la vie politique? J’en doute…
      Dans la vie, il y a deux grandes règles à respecter : 1- ne pas se plaindre; 2- ne pas se mentir. Et cela concerne chacun de nous; à tous les niveaux.

      Bien que ce site soit destiné aux professionnels de l’art dentaire, nous avons choisi d’approuver et de publier votre commentaire car vous avez fait preuve, sur un sujet sensible, de pondération dans l’expression de vos idées et nous vous en remercions.

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    • Floflo

      Bonjour Matt,
      Tu es libéral, es tu obligé de prendre un client, qui te fait perdre de l argent? Non
      À l heure actuelle les dentistse sont obligés de prendre des patients cmu, c’est très bien, tout le monde n’a pas les même moyens et il faut que la santé soit accessible à tous.

      Mais si tu avais l obligation de recevoir une personne que tu conseillais, à perte, accepterais tu de la prendre une deuxième fois si elle s était présenté en retard et si tu n avais pas pu auditer un client qui t aurait fait gagner de l argent.
      Le but du dentiste est d offrir des soins de qualité pour tous et si une personne déroge au règle de bonne entente et que cela nuit aux soins de toutes les autres personnes il est normal qu’elle soit reconduite vers un autre cabinet.
      Ensuite tu cites la caissière et l employé de bureau, est ce que tes articles seront mieux passé ou est ce que la caisse ira plus vite si tu connais leur salaire? Le but de ta visite, lorsque tu vois chez un professionnel de santé n est il pas d être soigné au mieux. Préfères tu aller chez un dentiste qui te soigne bien et qui gagne 5000€ par mois ou chez un dentiste ou tu seras moins bien soigné mais qui gagne le SMIC.
      Es tu intéressé de savoir qu’un interne de médecine gagne 10€ de l’heure en garde, qu un externe de 4 ème année en dentaire gagne 100€ par mois, s’il accepte ça c’est sûrement qu’il aime son metier, et son metier c’est de te soigner, du mieux possible.

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  3. Matt

    Bonsoir,

    Afin de répondre à la première partie (celle sur la ponctualité), je suis conscient qu’il est difficile de pouvoir estimer le temps, et je comprends que dans certains cas (qui se doivent d’être rare), le temps réel dépasse la planification. Cependant, bien que n’usant que très peu des médecins (je parle en terme de service bien sûr), je remarque qu’a chaque fois, je ne suis jamais pris à l’heure prévu.
    L’exemple dans mon premier commentaire (un écart de 40 minutes « grosso modo ») était pour un dentiste. Il se trouve que c’était pour une visite de contrôle : je suis resté sur le banc 3 minutes en tout est pour tout, et le rendez vous à duré 5 minutes. Ainsi, dans mon cas, je fais gagner du temps sur le reste des patients. Ainsi, celui prévu pour, disons, 15h45 sera pris « dans les temps ».
    Un second exemple, pour une micro opération (un kyste sous la lèvre). Le rendez vous est prévu pour 10H00, et je passe sur le banc à 11h30. L’opération à duré 8 minutes (montre en main).

    Je vais donc simplement citer un des mes professeurs de l’IAE : il faut prévoir l’imprévisible !
    C’est ce que j’applique dans le cadre de mon cabinet de conseil, et cela m’a toujours réussi.

    Pour le second point, je ne parle pas de déclaration du patrimoine, je parle bel et bien de la déclaration de la comptabilité complète. On y trouve donc les grandes lignes : CA, EBE, RN pour ne citer que les plus célèbres.

    Sur l’aspect plus « médical », j’ai l’impression qu’il y a le procès du « comme c’est gratuit, on peut y revenir plus souvent » et du « les personnes qui ont la CMU, ne sont ni propres, et font tous et n’importe quoi » (j’exagère le trait).
    Comme je le disais, je dispose de la CMU + CMU-C, et je peux vous garantir que je prends grand soin de mes dents (c’est mon « capital dentaire »), et j’ai toujours de la peine quand je vois quelqu’un souffrir à cause de ses dents.

    Vous dénoncez les programmes de « testing » de faux client CMU ; au contraire, je trouve que c’est un excellent moyen de contrôle : la loi doit être appliqué dans son sens strict, et non pas adapté à la situation individuelle. Si le médecin « fraude », il doit être sanctionné administrativement (eu égard à la loi). C’est comme pour les contrôles « hygiène » dans les restaurants : si le restaurateur ne joue pas le jeu (la réglementation en vigueur), il doit y avoir sanction (et plus elle est sévère, plus il sera dissuadé de recommencer).

    Pour conclure sur l’aspect « fraude à la CMU », sur ce point, je ne peux pas m’exprimer ; seule les caisses d’assurance peuvent s’exprimer à ce sujet.

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  4. Arcad-dentaire

    Bonjour,
    Le sujet abordé l’a été brillamment, sans tomber dans les excès habituels que l’on peut lire et entendre parfois. Tout ne revient qu’à un facteur fondamental, le respect.
    Respect qui se doit d’être mutuel.
    Je n’ai malheureusement pas été surpris de lire le commentaire de Matt, puisqu’il s’agit de la pensée commune de nombre de nos concitoyens….en tout cas de ceux qui se laissent gagner par le discours ambiant que l’on peut lire, écouter, voir sur tous les médias. Il est dommage de n’écouter ( qu’en France) ce type de discours manichéen ou seul la responsabilité des professionnels est mise en cause.
    J’aimerai rétorquer un certain nombre de choses à Matt.

    1- concernant le retard des rendez-vous: il y a incompréhension manifeste au sujet des retards des professionnels de santé….peut être même de la mauvaise fois même…. Revenons en arrière: il y a de cela quelques années, il n’y avait pas de rendez vous chez les dentistes et les médecins: c’était le système de la « porte ouverte »: j’ai pratiqué cela en Dom-Tom ou c’est encore chose courante. Premier arrivé, premier rentré. Ce système, nous l’avons tous connu étant jeune, quand nous allions chez le médecin généraliste et que passant le porte de la salle d’attente, nous pouvions juger d’un œil expert la notoriété du médecin qui allait de pair avec le nombre d’heures à attendre patiemment, souffreteux et fiévreux!
    Mais c’était aussi le temps où les patients étaient PATIENTS, et remerciaient encore le praticien de les recevoir et de les soigner, sinon de les guérir!
    Aujourd’hui, cela n’existe pratiquement plus.
    Mais c’était également le temps ou les patients HONORAIENT le praticien de par le règlement direct: au tout début, il s’agissait d’un poulet, de légume…..aujourd’hui on honore par des honoraires qui rappelons le, sont moins élevés que dans quasiment tous les pays du tiers-monde. ( voici un lien fort instructif pour Matt: http://m.rue89.nouvelobs.com/node/257695 ).
    Je pense personnellement que le fait de ne plus payer le praticien est une énorme erreur du point de vue de la relation praticien-patient, les honoraires faisant partie intégrante de la relation praticien-patient en rétablissant l’équilibre entre le docteur qui sait et le patient qui ne sait pas.
    comme l’a très bien expliqué avec ses mots The Dentalist, nlus ne sortons pas d’une école de management (AIE), mais nous essayons avec nos moyens de soulager et de soigner. Nous parlons ici non pas d’argent, de machine,mais de vivant: nous faisons de notre mieux pour soulager les patients qui souffrent physiquement et psychologiquement : cela peut parfois prendre 2 minutes et parfois 1 heure. Mais Matt doit comprendre que si nous le prenons en retard, ce n’est pas parceque l’on a bu un café, mais parceque le ou les patients précédents ont reçus des soins adéquats à leur état. Et donc OUI, cela peut prendre plus de temps que prévu.
    Maintenant, un patient qui arrive en retard de 5 minutes sur une consultation chez le généraliste ( ma femme est généraliste) de 20 minutes, c’est tout de suite le bazard. La ponctualité du patient est donc de rigueur. Il manque nombre de praticiens et il est aujourd’hui de plus en plus difficile de trouver un rendez vous rapidement, mais les urgences vitales sont toujours prises en URGENCE.
    Le retard que vous avez dû subir, un autre le subira peut être un jour afin de vous soigner au mieux.
    2- concernant votre rêve de voir notre comptabilité étalée au grand jour, j’avoue que là, j’hallucine!!! Vous reprenez à merveille le populisme des plus grands politiciens du moment, et je vois donc que cela marche à merveille!!!
    A quoi cela vous servira t’il de savoir si je gagne 2000, 5000 ou 8000€?
    Demandez vous cela à votre banquier?, votre boucher, au patron du camping, de l’hôtel, ou votre bailleur? Votre dentiste sera t’il meilleur ou moins bon?
    Quel chiffre vous donnera le plus de jouissance? Le CA? Le nombre de Patient vu a l’année? Qu’en feriez vous? Sortant d’une école de management vous devez donc savoir que ces chiffres ne signifient rien et sont de très mauvais indicateur de la santé d’une entreprise.vous aimeriez le cout de fonctionnement horaire? Notre productivité horaire? Toutes nos charges variables, nos charges fixes? Notre bénéfice? Le nombre d’heure travaillée? Tous nos paramètres de production?HTR, HPR, TQ/ patient, TQ/ acte, TQ/poste ( endormi, radio, prothèses, soins, paro…..), nos paramètres de consommation? Par acte, par poste de production, nos frais de personnel?……j’en passe et des meilleur…. Vous voulez savoir si le dentiste est un bon gestionnaire? S’il ne paye pas trop son assistante?
    Sachez qu’en moyenne, les bénéfices actuellement des dentistes sont de l’ordre de 37%: cela vous aide?
    La prochaine fois que vous aller acheter votre baguette, merci de demander tout cela à votre boulanger.!!! Peut-être être savourerez vous plus encore ce pain quotidien….
    Enfin, je finirais non pas par une phrase d’un formateur en management, mais par une vérité universelle: la confiance n’est pas innée, elle s’acquiert! Et elle doit être mutuelle. Si vous ne faites pas confiance à votre dentiste, changez en, vous en avez encore le droit……pour quelques temps encore…..
    Bien à vous
    Arcad-dentaire.
    http://www.arcad-dentaire.fr

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    • Matt

      Bonsoir,

      C’est dommage de nommer à quelques reprises les mots en relation avec la politique. En effet, je n’ai jamais évoqué la politique dans mon discours, simplement la loi et la réglementation.
      Et vous savez, je n’ai pas besoin de personne extérieure pour me forger un avis ou une opinion. Il se trouve qu’a la base je suis hydrogéologue (avec un dernière année en management). J’ai donc un véritable aspect critique sur toutes les informations disponibles, et sur les situations bien (comme tout vrai scientifique, il y a certes la thèse que l’on défend, et les anti thèse à prendre en compte et à écouter). Le message est donc : non, je ne suis pas un mouton !

      Pour exemple, concernant la pénurie de médecin, je suis pour la suppression du numérus clausus (une absurdité sans nom). Ainsi, on satisfait la demande avec plus de personnel (de toutes natures que ce soit). Ce n’est que mon avis, mais c’est d’une logique implacable (et ce n’est pas parce que l’on supprime le numérus que la qualité sera inférieure). Au contraire, cela fera plus de concurrence entre médecin. Un peu sur le même principe des taxis et des Uber et assimilé. Le résultat fut le suivant : si les taxis veulent survivre, ils doivent évoluer avec le temps (proposer de meilleurs services, un meilleur accueil, etc).
      Par exemple, pour un cabinet médical : un « bonjour, comment allez vous ? …. » et non pas un  » Bonjour, votre carte vitale, merci » (véridique dans un cabinet à Montpellier de dermatologie). Après, il y a 2 écoles : ceux ou les médecins assurent leur prestation, puis demande la carte (exemple à suivre), et ceux dont c’est l’inverse (à ne pas faire, car le message est le suivant : on est des portes monnaies ambulants).

      Concernant les honoraires, je ne pense pas qu’une comparaison soit judicieuse ; en effet, c’est le même principe que la bataille entre la France et l’Allemagne que nous avons eu dernièrement pour la compétitivité.

      Sur la dernière partie, ce n’est pas un rêve, j’espère un jour cela possible (et pourquoi avoir cité l’exemple du banquier ? Pourquoi pas une caissière, un employé de bureau ? Quel exemple saugrenue !). Plus sérieusement, ce secret de comptabilité n’est pas juste par rapport à d’autres activités. Par exemple, je n’ai pas, à ma connaissance, de cabinet médical sous forme de SELARL (et oui, c’est une société, donc obligation de publication des comptes chaque année).
      Bref, si un jour une telle loi existe, c’est super facile à l’appliquer : selon les codes APE, on consulte l’expert comptable en charge du professionnel, qui le transmet directement aux greffes.
      Note : je suppose que les médecins ont tous des experts comptables

      Dernière précision : oui, je connais le taux de rentabilité des boulangers, ne vous inquiétez pas, je connais parfaitement leur ratios financier et leur taux de marge (pour faire leur BP). Je sais aussi qu’une chappe « made in montpellier » est facturé 13 euros à un chirurgien dentiste (aux désidérata du dentiste), qui ensuite lui facture « vous savez combien » !

      Répondre
      • thedentalist

        Nous nous éloignons du sujet…
        Matt, vous ne pouvez pas prendre des exemples personnels et en tirer des généralités. Votre expérience de patient est valable tant que vous nous décrivez la façon dont vous percevez les soins qui vous sont prodigués dans le cadre de la CMU, mais elle vous confère un point de vue qui est différent de celui du soignant. La fin du numerus clausus vous permettra peut être bientôt, si vous le souhaitez, d’embrasser des études et une carrière médicale pour laquelle nous ne pouvons que vous souhaiter du courage. Si vous êtes sérieux et appliqué dans ce nouveau rôle et si vous ne comptez pas vos heures auprès de vos nombreux malades dans les hospices, les salles d’op, les cliniques, les asiles et les mouroirs, alors nous aurons plaisir à entendre la façon dont vous pensez que la médecine se doit d’être exercée.
        Ne prenez pas ce commentaire pour du pédantisme mais nous sommes nombreux à penser et à nous battre pour que ce ne soient pas uniquement ceux qui ont une vague et confortable vision de ce que c’est que de soigner soient les seuls à diriger, réglementer, administrer, contrôler et juger la médecine. Au vu des efforts que nous avons fournis, que nous fournissons et que nous continuerons de fournir, c’est notre fierté qui est en jeu.
        Merci à tous de proposer des commentaires constructifs.

        Répondre
  5. djamel

    Bonjour à tous,
    Bravo à toi « Dentalist » de permettre à tous , CMU compris d’etre soigné comme des non CMUs
    Je sors d’un traitement de 6 mois maintenant pour lequel j’ai du mettre de ma poche pour obtenir des soins comme des « onlays » que mon dentiste m’a fait et pour lesquels je suis ravis en vrai.
    je trouve ca juste genial!
    Il était hors de question pour moi d’etre soigné ailleurs qu’en france et surtout pas comme dans les années 70
    moi quand je lis ca : »Je rêve d’une chose au sein du gouvernement : l’obligation de publication des comptes des médecins, kiné et autres profession de santé (chaque année, comme pour toutes les sociétés » je ne vais pas plus loin…
    Aprés tout, il est vrai que les hydrogéologues connaissent vraiment le metier de dentiste.
    la prochaine fois, je sais chez qui j’irais me faire soigner
    salut à tous

    Répondre
  6. Alexandra

    Je trouve déplorable et absolument réducteur pour les dentistes,la pensée qu un client cmu ne doit pas avoir un bon véhicule et un bon téléphone
    Quel idiotie!!! Ces jugements purement simpliste et français mettent des personnes qui ont besoin de soin en grande difficulté
    En effet on est pas a la cmu toute sa vie!
    On peut très bien s être acheté un véhicule a crédit un jour et voir sa situation se dégradé perte d emploi ,maladie… Alors que faire suite a une prise de médicaments vis dents tombe ,vous n avez plus de travail, plus de revenu mais oh drame, vous avez une belle voiture(que vous ne pouvez plus payer !)
    Ainsis selon l adage cmu / voitures=escrot
    Vous etes mal reçu par les dentiste ,mal soigné pas respecter !!!
    Cette mentalité est déplorable et se retrouve chez les extrémiste…

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    • thedentalist

      Madame,
      Nuls propos ou pensée extrémiste ici. Un des grands principes que nous nous efforçons de respecter est justement celui de ne pas généraliser, ni les situations biologiques, ni les situations cliniques, psychologiques ou sociales? Ce doit être une règle de base en médecine. Cela dit, le fait que nous décrivions, sans les généraliser, des situations auxquelles nous sommes confrontés dans notre exercice ne nous autorise pas à les nier. Le rappel que vous formulez est très juste : on est pas CMU toute sa vie. Cela fait écho aux arguments amenés dans l’article et qui pointent le fait que certains bénéficient de droits sociaux injustifiés au regard de leur situation patrimoniale. Là encore : pas de généralisation, mais pas de déni de réalité non plus.
      Permettez-moi de vous donner mon point de vue personnel de soignant qui, depuis plus de vingt ans, a reçu et soigné des centaines de patients bénéficiant de la CMU. Pour certains nous avons accompli de grandes choses (et même tissés des liens très forts) alors que pour d’autres nous nous sommes heurtés à un mur. Si vous saviez ce qu’est vraiment la réalité de la thérapeutique alors, vous sauriez que la capacité qu’à un patient (quel qu’il soit) à être soigné correctement dépend plus de son état d’esprit que de l’extension administrative de ses droits sociaux.

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