Quel est le Meilleur Bain de Bouche?

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Nous prescrivons tous quantités de bains de bouche. Souvent par habitude, sans trop y réfléchir, parfois parce que c’est le patient lui même qui le réclame, et que nous souhaitons lui faire plaisir. Les indications de prescription des bains de bouche sont en effet nombreuses, en grande partie pour lutter contre la prolifération bactérienne au niveau dento-gingival (saignements des gencives, douleurs gingivales, inflammation des muqueuses, thérapeutique parodontale de soutien, soins post-opératoires…). Mais les habitudes de prescription tenaces des praticiens et la forte tendance des patients à en abuser résultent toutes du fait que les mécanismes d’action, les indications et les précautions d’emploi des bains de bouche sont mal connus et souvent oubliés. De bonnes raisons pour faire le point sur une thérapeutique qui, loin d’être anodine, peut même faire une grande différence pour la santé bucco-dentaire à long terme.

ASPECTS MICROBIOLOGIQUES

La maladie parodontale est un processus multi-factoriel complexe dont l’étiologie est bactérienne et dont la progression est liée à la réponse inflammatoire de l’hôte. La chronologie des maladies parodontales est la suivante :

  1. Colonisation bactérienne
  2. Adhésion bactérienne
  3. Formation et maturation du biofilm bactérien
  4. Inflammation des tissus
  5. Réponse de l’hôte

Les traitements parodontaux doivent donc viser à :

  • l’élimination la plus efficace possible des bactéries pathogènes,
  • l’élimination la plus complète possible des biofilms
  • la diminution de la réponse inflammatoire de l’hôte.

Les bains de bouche peuvent agir à ces différents stades de développement de la maladie parodontale. De plus, les dents ne représentent que 20% de l’environnement buccal. La salive, la langue et les muqueuses sont des réservoirs bactériens sur lesquels le brossage habituel ne peut agir.

LES BAINS DE BOUCHE ANTI-ADHESION BACTERIENNE

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Le delmopinol est une molécule tensioactive qui perturbe et inhibe l’adhésion bactérienne et la formation de la plaque dentaire. Sa très faible action anti-microbienne présente l’avantage de ne pas déséquilibrer la flore commensale et peut donc être utilisée de manière quotidienne et à long terme.

Lire un article sur l’intérêt du delmopinol en parodontologie.

BAINS DE BOUCHE ANTISEPTIQUES

La Chlorhexidine

Utilisée depuis plus de 40 ans en stomatologie, c’est la molécule antiseptique qui dispose du plus grand recul scientifique et clinique, ce qui lui confère le statut de « gold-standard » et une efficacité incontestée.

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Le mécanisme d’action de la chlorhexidine est le suivant : la chlorehexidine est une molécule cationique (chargée positivement) qui se lie à la membrane bactérienne (chargée négativement) et la perce. En fonction de sa concentration, l’action sera donc bactériostatique ou bactéricide. Mais la molécule de chlorhexidine réagit fortement avec d’autres molécules anioniques (chargées négativement), ce qui explique ses effets secondaires :

  • liaison aux chromogènes des aliments et des boissons (thé) provoquant des colorations dentaires.
  • liaison aux ions fluorures des dentifrices provoquant une inhibition de son action. Il faut donc un délai de 30 minutes entre le brossage et le bain de bouche à la chlorhexidine.
  • altération du gout.
  • formation de tartre supra-gingival.

La chlorhexidine possède également une action anti-virale et anti-fongique. Son utilisation ne provoque pas l’apparition de résistance bactérienne. Sa pénétration à l’intérieur du biofilm et son efficacité dépendent de sa rémanence d’action importante.

Les bains de bouche à la chlorhexidine sont généralement prescrit pour une durée de quelques jours.

Les Huiles Essentielles Végétales

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Elles sont extraites à partir d’une grande variété de végétaux et possèdent des propriétés bactéricides, des propriétés anti-inflammatoires et peu d’effets secondaires. La combinaison de quatre huiles essentielles (thymol, menthol, eucalyptol, methyl-salicylate) est la plus connue.

Les huiles essentielles sont électro-chimiquement neutres et n’interagissent donc pas avec les aliments ou les dentifrices. Elles font effet très rapidement sur les membranes bactériennes (en 30 secondes). En revanche, leur rémanence d’action est nulle : l’effet ne dure que le temps du bain de bouche.

Le Chlorure de Cétyl Pyridinium (CPC)

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Le CPC possède des propriétés tensio-actives, bactériostatiques et bactéricides.

Le CPC est aussi une molécule cationique et présente donc les mêmes inconvénients que la chlorhexidine. Sa rémanence d’action est bonne mais inférieure à celle de la chlorhexidine.

Lire une publication sur les bains de bouche associant de la chlorhexidine et du CPC.

N.B : les bains de bouche au CPC contenant de l’alcool semblent moins efficaces que ceux qui n’en contiennent pas.

BAINS DE BOUCHE ANTI-INFLAMMATOIRES

Les maladies parodontales sont le résultat d’une réponse inflammatoire mal adaptée et disproportionnée de l’organisme aux bactéries pathogènes. Les produits libérés par cette réponse inflammatoire sont alors utilisés comme source nutritive par les bactéries, permettant ainsi leur multiplication et leur croissance et aggravant d’autant plus la réponse de l’hôte. Si ce cercle vicieux se perpétue, les bactéries se développent au fond des poches et la perte osseuse alvéolaire se poursuit.
Une nouvelle génération de bains de bouche contenant des molécules anti-inflammatoires pourraient aider à rompre cette spirale infernale.

Les Antioxydants

Nous avons déjà abordé la problématique du stress oxydatif et des anti-oxydants dans deux articles : le stress oxydatif #1 et le stress oxydatif #2

L’incorporation d’anti-oxydants dans les bains de bouche constitue un axe de recherche prometteur car ils permettraient de diminuer l’impact sur les tissus des radicaux libres oxygénés produits par la réaction inflammatoire. Les études in vitro montrent un effet clairement positif de ces molécules sur la prolifération des fibroblastes et sur la réparation des tissus. Mais les études in vivo sont confrontées à la grande instabilité électro-chimique de ces molécules lorsqu’elles sont incorporées dans des préparations à usage local.

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Les Extraits Végétaux

On sait depuis longtemps que certains extraits végétaux ont des propriétés anti-inflammatoires et cicatrisantes. Ces molécules ciblent et inhibent les enzymes et les cytokines impliquées dans la réponse inflammatoire et dans la destruction tissulaire, ce qui au final, permet de moduler la réponse de l’hôte et casser le cycle de l’inflammation.

Les meilleurs résultats ont été obtenus avec l’association de trois extraits végétaux :

  • centella asiatica (gotu kola)  qui est un promoteur de la synthèse collagénique et de la cicatrisation
  • sambucus nigra qui est un inhibiteur de deux des principaux pathogènes parodontaux (P gingivalis et A. actinomycetemcomitans)
  • echinichia purpurea qui possède des propriétés antivirales, antibactériennes et anti-cytotoxiques

CONCLUSION

Si le bain de bouche idéal existait, nous l’utiliserions tous.  Entre ceux qui ne croient qu’au brossage mécanique et ceux qui pensent que des bains de bouche peuvent se substituer au brossage, ceux qui ne respectent pas les indications et les posologies et ceux qui ne prescrivent ou n’exigent qu’un seul bain de bouche pour toutes les situations, les idées reçues sur les bains de bouche en tant que moyens thérapeutiques sont nombreuses. En réalité, les solutions sont variées, les principes actifs différents et les stratégies d’applications versatiles. La prescription d’un bain de bouche, pour être efficace, doit être adaptée, raisonnée et individualisée.


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6 commentaires sur “Quel est le Meilleur Bain de Bouche?”

  1. Dritsch Nicolas

    Bonjour,
    J’apprécie votre site et cet article est enrichissant.
    J’aimerai simplement discuté du postulat qui consiste à dire que l’étiologie des parodontites est bactérienne.
    Il me semble que ce soit un peu dépassé, un peu comme lorsque l’on mettait quasi tout sur le cholestérol LDL dans l’athérosclérose.

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    • Dritsch Nicolas

      Merci pour votre réponse.
      La paro est probablement le secteur qui me passionne le plus dans mon boulot.
      J’ai la sensation que ce « tout bactérien » vient du fait que c’est le seul facteur sur lequel nous avons un certain pouvoir d’action. Chacun y va selon son « école » à coup de bistouri, de paroconcept, de laser, de P-max…etc.
      J’ai appris aussi à la fac que l’étiologie était bactérienne et que tout le reste n’étaient que facteurs aggravants, catalyseurs ou inducteurs. Le fait qu’elles ne soient pas contagieuses tempère d’emblée le postulat.
      D’autre part au quotidien nous remarquons bien toutes les limites de cette vision qui consiste à soigner la maladie avant de soigner le patient.
      Après avoir fait une formation avec Markus Hurzeler j’ai constaté qu’il prenait bien plus en compte le patient que les bactéries, il parle notamment de patient à morphotype inflammatoire et dans ses projets de soins les dimensions hématologiques, immunologiques, nutritionnelles, systémiques, psychologiques…sont au même niveau que la plaque et le tartre.
      Depuis j’essaye de sensibiliser le patient sur l’aspect global de la maladie parodontale, je travaille en parallèle avec un médecin spécialiste en immuno et micronutrition, je n’en suis qu’aux balbutiements mais je trouve ça bien plus intéressant que de rester bloquer sur mes poches, mes pertes d’attaches et mes débridements paros…

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  2. thedentalist

    Bonjour Nicolas,
    Je serai moi aussi ravi de discuter avec vous sur ce point, d’autant plus que je ne pense pas soutenir cette conception du « tout bactérien ».
    Pourriez-vous préciser vos arguments SVP?

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    • thedentalist

      Cher Nicolas,
      Merci infiniment pour ce commentaire de très grande qualité.
      Je partage entièrement votre point de vue et la philosophie de votre exercice. Les articles diffusés sur ce site tentent, comme vous, de faire prendre conscience aux praticiens que la prise en charge thérapeutique (quelque soit la spécialité médicale considérée) doit être globale, trans-disciplinaire et humaine et qu’il faut absolument casser les approches ultra-techniques et ultra-spécialisés. Car la tendance actuelle de la pratique médicale, et cela ne vous a pas échappé, est au cloisonnement des disciplines. Chacun regarde par la lorgnette de sa petite technique chirurgicale, aussi sophistiquée soit-elle, en pensant que cela suffira à assurer le miracle de la guérison. L’enseignement universitaire et post-universitaire a une lourde part de responsabilité dans cette problématique. Des praticiens/enseignants comme Markus Hurzeler sont des exceptions au combien précieuses pour qui sait les remarquer.
      Attention cependant à ne pas déformer le message dans le sens inverse, ce qui pourrait laisser penser que le traitement anti-bactérien en parodontologie ne sert à rien. Les avancées scientifiques nous aideront certainement à faire la part des choses dans les années à venir et nous permettront de choisir des orientations complémentaires réellement efficaces à nos traitements. Vous avez entièrement raison : c’est passionnant!

      Malgré cela, vous avez pensé que mon point de vue sur la question parodontale était uniquement « bactériologique » alors je devrai peut être revoir un certain nombre de mes articles et veiller à rendre mes propos plus intelligibles. Je vous remercie encore pour votre remarquable éclairage, que je corroborerai par une citation de Claude Bernard que j’apprécie tout particulièrement : « le microbe n’est rien, c’est le terrain qui est tout ».
      J’espère vous lire à nouveau très prochainement sur ce site.
      Bien à vous.

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  3. LE BIHAN

    Le GLYCO THYMOLYNE 55 est un bain de bouche moins connu par le grand public mais qui m’a été préconisé par un chirurgien en implantologie . C’est un produit efficace, moins agressif que les produits tels que la choroxhedine et aussi bien moins cher, c’est pourquoi on ne verra jamais dans les rayonnages visibles des pharmaciens.

    Répondre
    • thedentalist

      Je ne connaissais pas ce produit qui s’apparente, d’après sa composition, aux produits de la gamme Listerine (entre autres)…
      Cependant, il présente des précautions d’emploi que le lecteur pourra consulter en cliquant ici. Notamment une contre-indication en cas d’allergie ou d’hyper-sensibilité à l’aspirine.
      Ce produit est non remboursé à l’heure où j’écris.
      Merci pour cette suggestion.
      Bien cordialement.

      Répondre

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