Qui a Peur des Assistantes Dentaires?

La Santé en France manque cruellement d’effectifs. Non seulement en ce qui concerne les chirurgiens-dentistes mais surtout en ce qui concerne le personnel auxiliaire. Face à des besoins et une demande de soins qui ne cessent de croitre, les effectifs des équipes soignantes sont restreints, résultat de l’immobilisme et de la traîtrise des (ir)responsables politiques et syndicaux.

L’ELARGISSEMENT DES COMPETENCES

Après dix années de revendications, soutenues par bon nombre de chirurgiens-dentistes, les assistantes dentaires vont enfin obtenir l’inscription de leur profession au Code de la Santé Publique. Première étape de négociations qui pourraient faire espérer un élargissement associé à une revalorisation des compétences de nos auxiliaires, et peut être aider notre pays à sortir du deuxième tiers du monde de la santé bucco-dentaire.

Car dans de nombreux pays comme l’Allemagne, la Suisse, les Pays-Bas, les USA, non seulement les assistantes dentaires sont plus nombreuses, mais la profession d’hygiéniste dentaire est reconnue et permet une meilleure prise en charge des patients. Avec des compétences élargies par rapport aux assistantes dentaires, les hygiénistes dentaires peuvent réaliser  :

  • des examens de dépistage et de prévention
  • des bilans de prévention (consultations, suivis et conseils personnalisés)
  • des séances d’enseignement ou d’amélioration de l’hygiène bucco-dentaire
  • des soins prophylactiques (détartrages, nettoyages des tâches…)
  • des empreintes et des radios
  • des applications de vernis fluorés et des scellements de sillons

Un rapport de l’IGAS daté de 2010 est très clair et très instructif à ce sujet : cliquez ici pour le lire.

Un cabinet moderne qui emploie

Dans les pays où la législation permet leur exercice, les hygiénistes dentaires travaillent en partenariat avec les chirurgiens-dentistes ou sous leur responsabilité et participent de manière active et efficace à l’amélioration de la santé bucco-dentaire des populations. De plus, en permettant la délégation de certaines tâches chronophages et peu rémunératrices, les chirurgiens-dentistes peuvent se concentrer sur des actes de haute technicité, ce qui présente l’avantage de diminuer les délais de rendez-vous.

TOUT FAIRE TOUT SEUL?

En France, seuls 37% des cabinets dentaires en France emploient une assistante dentaire qualifiée. Chiffre qui fait froid dans le dos et qui laisse imaginer les conditions dantesques d’exercice de la majorité des praticiens qui travaillent en solo. C’est comme imaginer un neuro-chirurgien qui, après ces 10 heures d’intervention au bloc opératoire, devrait aller stériliser ses instruments, changer les pansements de ses malades, prendre leur tension et servir les plateaux-repas dans les chambres.

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Les chirurgiens-dentistes n’ont pas d’autre solution que de réaliser eux-même des actes et dispenser des conseils qui pourraient être facilement et efficacement délégués. Les actes de prévention et de maintenance sont, dans notre pays, sous-valorisés et donc négligés.

  • Les indicateurs de prévention en France (indices CAO) reculent depuis plusieurs années à tel point que les rapports ministériels de santé publique à ce sujet, à défaut d’être lus ne sont même plus écrits.
  • Les services à la personne constituent pourtant une réserve d’embauche considérable dans un pays englué dans le chômage de masse.

Bien que le Conseil de l’Ordre, l’UFSBD, les assistantes elles-mêmes et un nombre croissant de praticiens soient favorables à l’élargissement des compétences et à la délégation des tâches : cela reste INTERDIT! Textes de loi, inflation normative, principes de précaution, paperasse, règlements et contrôles tuent l’initative personnelle à petit feu… « Plus il y a de Lois et plus il y a de hors-la-loi. »

Face une population croissante, vieillissante, souffrant de maladies chroniques et dont les besoins sont gigantesques, les chirurgiens-dentistes n’ont pas d’autre choix que de subir l’inertie des réglementations inadaptées et inefficaces.

LA POLITIQUE DES AUTRUCHES

Dans tous les milieux autorisés de l’intelligentsia, dans les médias, on se gargarise et on a de cesse de se le répéter pour tenter d’y croire encore : « La France dispose du meilleur système de santé au monde! » En occultant la réalité et en s’arcboutant sur des principes dépassés, les politiques viennent d’inventer la Santé qui avance… à reculons :

  1. Le syndicat majoritaire des chirurgiens-dentistes (CNSD) traine la patte et s’oppose depuis des années à l’élargissement des compétences des assistantes dentaires car c’est par l’intermédiaire de ce syndicat que s’organise la formation actuelle des assistantes dentaires (CNQAOS). Une modification du statut et des compétences des assistantes dentaires ne manquerait pas d’entraîner une modification des modalités et des structures de formation, ce qui priverait le syndicat du contrôle et des rentrées financières qui y sont liées.
  2. Les politiques de santé centralisées de l’Etat s’opposent également à cette idée car, pour les administrateurs, augmenter le nombre de professionnels de santé signifie augmenter les dépenses de santé. Or, les caisses de la Sécurité Sociale sont vides et les déficits publics atteignent des niveaux records.  Discrètement, l’Etat se désengage financièrement de la santé mais continue de dicter la manière dont les malades doivent être soignés.
  3. Des experts en économie de la santé (comme Frédéric Bizard) déplorent cet enfumage ainsi que l’absence totale de courage politique et de volonté de remettre à plat le système de santé pour le rendre plus adapté aux enjeux actuels et aux besoins de la population.

CONCLUSION

A tous les orthos, les paros, les implantos, et à tous ceux et celles qui espèrent voir les assistantes dentaires élargirent leurs compétences et/ou voir naitre la profession d’hygiéniste dentaire en France : ne rêvez pas trop car rien ne devrait avancer sur ce dossier de manière significative avant au moins 5 ans.

L’Etat, qui avait déjà anticipé la baisse future de la démographie professionnelle de 40000 à 28000 praticiens, mais ne fait rien (car moins d’offre = moins de dépenses), constate, impassible, l’inscription de 300 à 400 diplômés étrangers chaque année (soit 1/3 des nouveaux inscrits) au tableau de l’Ordre.

Les syndicalistes traitres et les administrateurs autistes essaient de gagner du temps chacun à leur manière mais se rejoignent toujours pour appliquer des politiques qui ne disent pas leurs noms.


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6 commentaires sur “Qui a Peur des Assistantes Dentaires?”

  1. Azérad Jean

    Il faut poser cette première pierre, et donner de solides compétences aux AD.
    D’autres types de formations vont voir le jour, et l’évolution de la profession de CD montrera que la délégation de compétences sera indispensable.

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    • thedentalist

      Je profite de votre commentaire, Cher Maitre, pour vous poser en retour quelques questions. En tant qu’enseignant, pensez-vous que la formation des assistantes dentaires puisse/doive se faire de manière conjointe à celle des étudiants en chirurgie-dentaire (et des apprentis prothésistes dentaires) comme c’est le cas dans d’autres pays européens? N’y a-t-il pas un intérêt à leur apprendre à collaborer et communiquer dès le début de leurs cursus respectifs? Quels sont les « autres types de formations » et « l’évolution de la profession de CD » dont vous parlez?
      Merci pour vos réponses.

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  2. SOLBERG Mylène

    Ayant eu l’occasion d’avoir plusieurs détartrages dentaires au Canada, je me suis amusée à mon retour en France à chercher LE dentiste qui pourrait rivaliser avec la qualité des soins fournis par les hygiénistes canadiennes. Je précise que je fais partie de la population sans problèmes de parodonte, donc dans une démarche de stricte prévention. 4 dentistes français différents plus tard, je suis toujours ressortie avec la bouche en sang avec des morceaux de gencive arrachés, après des détartrages douloureux et souvent bâclés. La douleur avec les hygiénistes était exceptionnelle, l’application de fluor systématique à la fin, ainsi que le conseil de réaliser périodiquement des radios de dépistage des caries inter-dentaires. Les dentistes français ont-ils donc un défaut de formation pour ce soin de base ou réellement un ras-le-bol de ce soin qui serait de meilleure qualité si réalisé par une personne dédiée à cela?
    Etant médecin généraliste et loyale envers mes patients, je continuerai à leur conseiller le détartrage mais je ne leur cacherai certainement pas que ce soin reste douloureux en France, même si ça doit les dissuader d’y recourir. En tout cas bravo Le Dentalist pour vos démarches de santé publique.

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  3. thedentalist

    Ma Chère Consoeur,
    Votre témoignage est tristement révélateur de plusieurs des plaies dont souffrent la stomatologie et peut-être même une bonne partie de la médecine en France. Les soins de prévention sont généralement bâclés quand ils ne sont pas purement et simplement négligés. Et cela pour deux raisons que vous semblez avoir deviné:
    – la première est que notre profession est composée de chirurgiens formés (et donc récompensés) à opérer! Implants, chirurgies parodontales, prothèses… sont des actes plus complexes et donc plus « gratifiants » que les soins que vous évoquez. Il est indispensable que notre profession (re)trouve un juste équilibre entre la médecine dentaire et la chirurgie dentaire.
    – la deuxième raison vient de notre nomenklature professionnelle qui, même si elle vient d’être remanier, est encore bien loin des données actuelles de la science. Dans cette nomenklature, comme dans la précédente, les actes de prévention et de prophylaxie, les actes de chirurgie minimalement invasive et conservatrice sont ridicules lorsqu’ils ne sont pas absents. Leurs honoraires également.
    Résultat : depuis des décennies, les praticiens gagnent mieux leur vie en extrayant des dents (trop vite) et en les remplaçant par des prothèses qu’en essayant de les préserver. Pour le dire de manière plus directe : c’est la Sécurité Sociale et la formation initiale qui sont, à mon sens, responsable de ce carnage! Tout cela dans une grande utopie égalitariste qui veut croire qu’on peut prodiguer toujours les mêmes soins et obtenir les mêmes résultats pour tous les individus alors que les dernières avancées médicales orientent justement vers une médecine dite « de précision ».
    Contredisez-moi si je me trompe mais je pense qu’une bonne partie de la médecine souffre de ces mêmes maux : on préfère rembourser une médecine réparatrice et symptomatique plutôt qu’une médecine préventive, étiologique et individualisée.
    Il faudra beaucoup d’efforts pour changer cela. Un nombre croissant de praticiens (surtout les plus jeunes j’ai l’impression) réfléchissent et essaient d’éviter de faire les mêmes erreurs que leurs ainés. Ce blog tente lui aussi de faire bouger les lignes et les consciences. L’enjeu est énorme et la tâche est immense mais je suis heureux de pouvoir compter sur votre soutien.
    Bien confraternellement.

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  4. Doukhan

    Bravo pour votre initiative !
    J’adhère sans reserve à cet article (et ses commentaires) sur les assistants/hygiénistes dentaires.

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    • thedentalist

      Cher Maitre,
      Merci pour votre commentaire. Nous espérons que vous adhèrerez tout autant aux autres articles du site. N’hésitez pas à vous inscrire à notre newsletter et partagez les articles autour de vous.
      A bientôt.

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