Les Patients Paranormaux

Female Fortuneteller or esoteric Oracle, sees in the future by dowsing her pendulum during a Seance to interpret them and to answer questions

Tous les praticiens le savent : la médecine est loin d’être une science exacte. Elle se fonde et évolue en permanence sur la base d’observations, d’hypothèses et d’expérimentations.
Et il nous arrive de rencontrer des patients dont les tableaux cliniques sont atypiques, étranges, inédits, paradoxaux…
Ces patients, malgré de nombreuses consultations, n’ont toujours pas de diagnostic fiable et les nombreuses tentatives thérapeutiques infructueuses les poussent à compulser des sites internet médico-complotistes et des forums de discussion scientifico-fantaisistes, ne faisant ainsi qu’alimenter leur angoisse face à des symptômes qu’ils croient insolubles.

Et après avoir tout essayé, ils en sont convaincus : « ça doit être les dents ».

Voici 3 cas cliniques illustrant cette dentisterie aux frontières du réel…

NECROSE PULPAIRE ET TENDINITE

Nous avons tous entendu parler de ces sportifs de haut niveau qui, suite à une baisse de leurs résultats, des blessures récurrentes ou des troubles musculo-articulaires inexpliqués, faisaient un bilan bucco-dentaire conduisant à l’extraction de dents de sagesse, à un traitement parodontal ou un traitement endodontique et retrouvaient, comme par magie, leur forme et leurs performances sportives.

Se présente un patient de 54 ans, ophtalmologue de profession, sans antécédents médicaux et sur qui un onlay en composite à été réalisé sur la dent 36. Deux ans plus tard, un examen scanner est réalisé en vue de la pose d’un implant dans un autre secteur de la bouche et met en évidence une volumineuse lésion péri-apicale sur 36, asymptomatique. Le test de vitalité pulpaire, négatif, confirme la nécessité du traitement endodontique de la dent. Parallèlement, le patient rapporte des symptômes, parfois intenses et invalidants de tendinite de l’épaule droite depuis plusieurs mois et qu’aucun traitement n’arrive à faire disparaitre.

Le patient évoque alors l’hypothèse que ces douleurs puissent être directement corrélées à cette infection dentaire. Le traitement endodontique est réalisé sans pour autant pouvoir affirmer a priori qu’il va faire céder le trouble rhumatologique.

Tendinite endodontique

Après 6 mois, la guérison de la lésion péri-apicale est confirmée mais malheureusement pour le patient, la tendinite persiste.

AMALGAMES ET TROUBLES NEURO-PSYCHIATRIQUES

Autre situation fréquente au cabinet dentaire : les patients qui consultent après avoir lu ou entendu des informations alarmantes sur la dangerosité scandaleuse des amalgames dentaires et le supposé lien qu’ils auraient dans le développement de graves maladies neuro-dégénératives.

Se présente un patient de 39 ans souffrant de troubles neurologiques et psychiatriques et traité de plusieurs années par des anti-dépresseurs. N’ayant pas trouvé de solution radicale à ces troubles psychiques, il souhaite investiguer l’hypothèse selon laquelle ceux-ci seraient provoqués par une intoxication au mercure contenus dans les quelques amalgames et les couronnes coulées présents dans sa bouche.

amalgames

Après avoir expliqué au patient les dernière conclusions des études scientifiques sur ce sujet et les risques encourus par les manoeuvres de remplacement des amalgames dentaires par un autre matériau d’obturation, la décision de tester l’hypothèse est prise.
Les anciennes obturations présentes sur les dents 17, 18, 27, 47 et 48 sont retirées, sous digue et sous aspiration chirurgicale puissante puis remplacées par des obturations transitoires au CVI.

Après plus de 6 mois, le patient affirme que cette intervention a sensiblement amélioré son état neuro-psychiatrique. Il se dit moins déprimé, plus confiant et il ne ressent plus de goût métallique dans la bouche. Il est totalement satisfait et reconnaissant.

OCCLUSION ET PERTES D’EQUILIBRE

Les patients « occluso » sont souvent des patients difficiles à prendre en charge. La science occlusodontologique a du mal à établir des protocoles et des recommandations scientifiques et les patients, en errance thérapeutique, se retrouvent parfois livrés à des praticiens dont les méthodes ésotériques – et parfois charlataniques – ne font que rajouter à la confusion.

Se présente un patient de 48 ans, sans problème de santé particulier, souffrant depuis plusieurs semaines de vertiges et de pertes d’équilibre sévères. Les consultations, les examens complémentaires et les prescriptions de plusieurs médecins (généralistes, ORL, neurologues) n’ayant rien donné, le patient s’oriente vers l’odontologiste après avoir lu ou entendu que les troubles musculo-articulaires de l’ATM pouvaient provoquer ce type de syndrome.

Après une anamnèse poussée, nous découvrons que le patient a subi, une dizaine d’année auparavant, une chirurgie orthognathique suivie d’un traitement orthodontique de correction d’une classe III squelettique. Cliniquement, la palpation des muscles masticateurs est douloureuse mais la mise en charge des ATM ne l’est pas. De manière assez surprenante, la manipulation mandibulaire est très aisée et nous constatons immédiatement un important décalage entre la position d’ORC et la position d’OIM.

Repérage et enregistrement du décalage OIM-ORC.

Pour l’odontologiste, la question est donc la suivante : ce décalage de position mandibulaire est-il à l’origine des douleurs auriculaires et des vertiges du patient. Pour tester cette hypothèse, nous réalisons une gouttière occlusale de recouvrement mandibulaire, réglée et équilibrée en RC.

Confirmation sur l'articulateur et équilibration de la gouttière occlusale.

Après 4 semaines de port quasi-continu, le patient rapporte une amélioration des symptômes musculaires (plus de confort, moins de tensions) mais une persistance des symptômes auriculaires et des vertiges. Malgré la déception du patient, qui nourrissaient de forts espoirs dans notre intervention, nous concluons que l’occlusion (certes perturbée) n’était pas en cause dans les symptômes vertigineux.

Le patient, déçu par cette conclusion et voulant continuer de croire à l’implication occlusale, a décidé de faire 500km pour consulter un ostéopathe qui, dans un compte-rendu écrit, juge notre gouttière occlusale très mal réalisée (sic) et propose une prise en charge par des manipulations dorso-mandibulaires du troisième type. Nous n’avons pas eu de nouvelles du patient depuis…

CONCLUSION

Les patients présentant des tableaux cliniques atypiques réclament la même attention et la même rigueur scientifique que les autres. Même si le praticien doit, a priori, respecter la croyance du patient, il doit veiller à ne pas s’y laisser enfermer. Il doit pour cela garder son sens critique et sa logique. Les hypothèses diagnostiques doivent être ordonnées, discutées mais surtout testées pour chaque individu afin de rechercher des preuves tangibles du lien de causalité (partiel ou total) entre les symptômes extra-oraux et les signes cliniques bucco-dentaires.

N.B : Les trois cas cliniques individuels présentés ici sont des rapports de cas. Ils ne permettent ni d’affirmer que les pathologies bucco-dentaires provoquent des symptômes extra-oraux, ni d’affirmer le contraire…


A lire également :
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Un commentaire sur “Les Patients Paranormaux”

  1. Corbin philippe

    Ces témoignages de bon sens me ravissent !! J’ai eu une formation scientifique et applique ses principes !j’ai maintenant 30 ans d’expérience et je me forme chaque année pour apporter à mes patients le meilleur de mes compétences ! Les naturopathes ,etiopathes,ostéopathes qui eux ,savent tout ,m’agacent!! Pas d’écrit ,pas de preuves scientifiques par manque de bibliographie !!mais l’important est de soigner ,alors braves gens si vous pensez que ces personnes vous soignent mieux que nous ! Alors j’espère pour vous ,qu’ils ont raison !!!

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