Le Bridge Cantilever

Mme Y a 77 ans. Elle se présente suite à la perte, quelques semaines auparavant de son incisive latérale mandibulaire droite (42). Elle nous interroge sur les possibilités de traitement.

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Situation clinique initiale : le contexte parodontal est fragile
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Détail de l’édentement : l’espace mésio-distal semble insuffisant pour la pose d’un implant.

EVALUATION CLINIQUE

  • Sur le plan médical : la patiente présente une hypertension artérielle contrôlée et de l’arthrose. Elle est en pleine possession de ses facultés cognitives bien qu’anxieuse.
  • Sur le plan parodontal : on note une perte osseuse généralisée modérée mais les mobilités sont faibles, l’inflammation discrète et le niveau d’hygiène acceptable. La patiente est non fumeuse.
  • Sur le plan fonctionnel : l’OIM est stable, il n’y a pas de limitation fonctionnelle et les ATM supportent la mise en charge.
  • Sur le plan dentaire : toutes les autres dents sont présentes à l’exception des dents de sagesse et de la 16 remplacée par un bridge de 3 élèments. Les dents bordant l’édentement sont intactes si l’on fait abstraction d’une légère attrition amélaire.
  • Sur le plan esthétique : les dents mandibulaires sont visibles lors de l’élocution du fait de la perte de tonicité de la lèvre inférieure.

OPTIONS THERAPEUTIQUES

Classées par ordre d’invasivité croissante (Gradient thérapeutique)

  • Abstention thérapeutique
  • Fermeture de l’espace par traitement orthodontique
  • Prothèse amovible partielle
  • Bridge collé à ailette(s) type Maryland
  • Prothèse implanto-portée
  • Bridge dento-porté sur dents préparées vivantes
  • Bridge dento-porté sur dents préparées et dévitalisées

DISCUSSION AVEC LA PATIENTE

Les avantages et les inconvénients de chaque solution thérapeutique sont expliqués de la manière la plus claire possible.

Les objectifs du traitement sont :

  • Non invasivité
  • Rapidité d’exécution
  • Fiabilité dans le temps
  • Confort et esthétique

SOLUTION THERAPEUTIQUE

L’option retenue par la patiente est la réalisation d’un bridge collé céramo-métallique à une seule ailette (cantilever) en appui sur l’émail de la face palatine de la 43.
La préparation dentaire est minimale puisqu’elle ne consiste qu’à éliminer la pellicule d’émail aprismatique. En accord avec la patiente, aucune temporisation n’est réalisée après la prise d’empreinte et la réalisation de la prothèse au laboratoire ne prendra que 4 jours.

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L’ailette métallique est sablée à l’alumine

 

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Vue linguale : la prothèse est assemblée par collage (Superbond®)

 

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Résultat final

 

CONCLUSION

Les progrès de l’adhésion ne sont pas réservés qu’aux patients jeunes. En deux séances, le cas est traité de manière peu invasive, rapide, confortable, esthétique et fiable. La patiente en est satisfaite. C’est l’évaluation rigoureuse de la situation qui a permis la rapidité d’exécution de soins adaptés à l’individualité du patient.

Il est étrange d’entendre la patiente nous dire que les deux seules propositions de traitement qui lui ont été faites suite à l’extraction de la dent étaient la pose d’un implant dentaire ou la réalisation d’un bridge dento-portée après dévitalisation et reconstitution corono-radiculaire des dents adjacentes.

De nos jours, l’hyper-spécialisation de la médecine efface l’approche globale du thérapeute au profit de celle du technicien qui croit, sans réfléchir, pouvoir tout soigner avec le même remède.

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4 commentaires sur “Le Bridge Cantilever”

  1. Vincent

    Simple et efficace, merci pour le temps passé à nous faire partager votre si beau travail !

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    • thedentalist

      Merci pour votre commentaire. Les methodes les plus simples et les plus efficcaces sont effectivement celles que nous devons privilegier.
      Avez-vous deja fait appel a ce type de technique?

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  2. MOMET

    J’ai fais quelques bridge à ailettes en appui sur les 2 dents voisines, je les colle également avec du Multilink et j’avoue ne jamais être vraiment tranquille. Il m’est arrivé plusieurs fois de devoir les recoller, le pb venant en général de l’adhesion du multilink au métal de l’ailette (pas de soucis avec l’adhesion à l’émail), à tel point que je demande à mon prothé de réaliser de petites perforations sur mes ailettes afin d’obtenir un surplus de rétention macromécanique.
    Je préviens également mon patient que le décollage est un des inconvénient de ces bridges collés (qui est largement compensé à mon sens par l’aspect peu invasif du traitement.)
    Merci pour tes articles et pour ta réponse…
    Comment gères tu l’adhésion au métal?

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  3. thedentalist

    Lorsque j’ai commencé à réaliser des bridges de type Maryland collés sur deux dents adjacentes, j’ai remarqué qu’au bout de quelques temps, une seule des deux ailettes se décollait et (dans le meilleur des cas) la seconde restait collée. Le problème vient du fait que les dents antérieures, en guidant les mouvements mandibulaires, subissent des mouvements orientés dans différentes directions. Si les dents sont légèrement mobiles pour des raisons parodontales, c’est encore plus flagrant.
    D’où l’idée qu’ont eu certains praticiens de ne réaliser qu’une seule ailette et éviter ce problème. De cette manière la prothèse accompagne les mouvements d’une seule dent.
    Pour optimiser le collage du métal, j’ai deux conseils (je publierai bientôt un article au sujet de l’adhésion) :
    – Sabler l’intrados de la prothèse à l’alumine 50 microns
    – Appliquer un silane sur le métal, bien le laisser sécher et réaliser le collage (sous digue).

    Les vitrocéramiques pressées ont des capacités de collage bien meilleures que le métal : l’idéal est de réalisé une prothèse tout céramique. La préparation doit être plus méticuleuse pour bien ménager les épaisseurs suffisantes de matériau au niveau de l’ailette et du pontique.

    Mais un autre facteur d’échec classique est le contrôle de l’occlusion. Là encore, je vais publier un cas qui illustre parfaitement ce point. Bien sûr il y a l’occlusion statique, le tap tap et les marqueurs encrés. Mais il y aussi les guidages fonctionnels et les mouvements extrêmes de la mandibule. Il m’est arrivé plus d’une fois de découvrir une interférence sur la prothèse lors des mouvements limites en latéralités ou propulsion…

    Ai-je bien répondu à tes questions?

    Répondre

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