Covid-19 : Quelles Perspectives?

A l’heure où nous écrivons ces lignes, l’Humanité toute entière vit depuis plusieurs semaines sous la menace d’un nouvel ennemi, invisible, rapide et agressif : un virus nouveau à l’origine d’un syndrome Respiratoire Aiguë et Sévère : le Covid-19.

Et, il est assez fascinant et troublant de voir Homo sapiens sapiens, c’est à dire l’espèce la plus évoluée et la plus sophistiquée vivant à la surface du globe, challengée par un minuscule virus de la famille Coronaviridae c’est à dire par le type d’organisme le plus simple et le plus primitif vivant sur Terre. Et de nous interroger : comment un micro-organisme minimaliste de 125 nanomètres, a t-il pu faire dérayer le macrocosme de la civilisation humaine globalisée dans une telle proportion et en si peu de temps?

La crise mondiale provoquée par le SARS-Co-V-2, comme toutes les vraies crises, sera surement un révélateur. Un révélateur de ce que certains constataient déjà depuis quelques temps et que d’autres refusaient de voir ou niaient vigoureusement. Cela mettra en évidence, et avec une acuité inédite, beaucoup des problèmes de notre monde : la fragilité de ce que l’on croyait acquis, des problèmes  individuels et collectifs douloureux, des opportunités de changement aussi.

PERSPECTIVES ODONTOLOGIQUES

« L’exigence des patients en matière d’hygiène et d’asepsie dans nos cabinets va atteindre des niveaux très élevés.« 

Les menaces virales et bactériologiques ne sont pas une nouveauté pour les soignants que nous sommes. Dès le début de nos études médicales, les cours de virologie, de bactériologie, d’hygiène et d’asepsie nous ont appris que la menace devait être considérée comme permanente, que nous y sommes exposés par la nature même de notre activité et que les salles de soins sont des carrefours de contaminations croisées.

Mais il est (quasi)impossible d’exercer, au quotidien, la chirurgie-dentaire dans des conditions d’hygiène et d’asepsie strictes. On ne peut que réduire le risque septique.

Lorsque cette crise sera derrière nous, la pratique de notre métier ne sera plus tout à fait la même car il y a fort à parier que l’ensemble de la société voudra réduire, par tous les moyens possibles, le risque de contamination microbienne. La préoccupation et les exigences des patients en matière de miasmes, amibes, vermines et autres parasites va atteindre des niveaux très élevés. 

Heureusement, nous pourrons fièrement et ostensiblement leur montrer tous les efforts et les moyens que nous engageons au quotidien pour assurer que ce risque reste à son plus bas niveau possible. 

Malheureusement, et plus tôt que tard, alors que les règles d’hygiène et d’asepsie demeureront peu ou prou les mêmes, nos (chères) autorités de tutelle ne manqueront pas de renforcer la législation, d’établir de nouvelles normes, d’imposer de nouvelles règles de traçabilité et de sanctionner tout manquement dans ce domaine. Il faudra non seulement agir selon les règles que nous connaissons mais justifier d’une mise à jour régulière des connaissances dans ce domaine (en payant des formations institutionnelles dûment tamponnées) et se préparer à des actions en responsabilité à notre encontre.

PERSPECTIVES SANITAIRES

« Le microbe n’est rien. C’est le terrain qui est tout.« 

Depuis le début de cette crise, sans précédent dans l’histoire moderne, alors que nous étaient annoncées l’imminence de la menace terroriste, d’une nouvelle crise financière ou du péril écologique, c’est, contre toute attente, la menace sanitaire qui se retrouve au premier plan. 

Cette crise sera, nous ne pouvons que le souhaiter, la plus grande leçon de médecine de l’Histoire moderne. A chacun de nous d’en tirer profit pour que l’éducation médicale et sanitaire trouve enfin sa place, dès le plus jeune âge, dans l’éducation de base des individus car c’est la plus primaire et la plus essentielle des préventions :

Ce qu’illustre également cette nouvelle maladie, comme toutes les autres d’ailleurs, est que chaque organisme ne réagit pas de la même manière au même agent pathogène. Comme l’aurait dit Antoine Béchamp, ou Louis Pasteur à moins que ce ne soit Claude Bernard : « Le microbe n’est rien. C’est le terrain qui est tout. » Cultivons donc notre terrain et que tous ceux qui pensent pouvoir, avec le même traitement, la même méthode, guérir toutes les maladies de tous les individus en se dispensant de connaitre les règles des sciences bio-médicales, que tous ceux-là soient anathèmes.

PERSPECTIVES POLITIQUES

« Le Mythe du soi-disant Meilleur Système de Santé au Monde vient de se fracasser sur la réalité du terrain médical.« 

Les opinions politiques exprimées sur ce blog sont toujours restées discrètes. Nous défendons et défendrons toujours l’indépendance de la réflexion scientifique et de la pratique médicale. Car c’est Hippocrate himself qui l’a érigé en principe.

Mais les 40 dernières années de politique française qui ont dépouillé cette indépendance, au nom du bien commun, ont évacué les médecins de l’équation sanitaire en France avec le doux rêve d’en faire des fonctionnaires dociles, des « agents » disciplinés et obéissant sans discuter aux ordres des « décideurs » et de la « gouvernance ».

Sans parler de leur obsession pour la réduction des coûts, l’efficience, la pertinence, la performance, le toujours plus avec moins, la maitrise des dépenses… enfoncés dans le crâne à grands coups de tableurs Excel et de recommandations émanant de cette myriade d’agences gouvernementales qui gravitent autour de la Santé en France, et qui ont fini par la parasiter et la faire exploser… à la manière d’un virus.

Le mythe du « Meilleur Système de Santé au Monde » vient de se fracasser sur la réalité du terrain médical. Et nous constatons, effarés, qu’il n’y a pas assez de masques, pas assez de lits, pas assez de respirateurs, juste des personnels soignants « burn-outés » qui tiraient la sonnette d’alarme de toutes leurs forces depuis depuis des mois, des années… et qui seront là, une fois de plus, pour assurer. Les frégates, les Airbus et les TGV médicalisés ne changeront que peu de choses à ce marasme.

Car voyez-vous Mesdames et Messieurs les professionnels de la politique, directeurs d’agences sanitaires, sous-directeurs de cabinet, et autres éminents membres de Conseils, Commissions et Haute Autorité, l’indépendance est une forme de liberté qui ne va pas sans son indispensable pendant : la responsabilité. Ce mot que l’on entend trop souvent sortir de vos bouches mais que vous n’endossez que trop rarement. A moins que vous nous laissiez soigner librement et de manière responsable, il y a peu de chances que vous retrouviez du crédit à nos yeux.

En revanche, et nous nous adressons à vous, Chers Confrères, la parole médicale, elle, aura retrouvé du crédit au beau milieu de cette tourmente grâce au sérieux et à l’abnégation, du corps médical à travers le monde. Soyons en fiers, et surtout soyons en dignes.

CONCLUSION

A l’heure où nous écrivons ces lignes, bien malin celui qui saura prévoir ce qui va se produire au cours des prochains mois. Les conséquences de cette poussée de fièvre mondiale sont vertigineuses et incalculables à ce stade.

Mais une chose est sûre : l’Histoire est en train de s’écrire sous nos yeux. Et tous ceux d’entre nous qui auront vécu cet événement de l’intérieur – de leur corps, de leur coeur, de leur profession ou de leur espace de confinement – en garderont certainement une marque personnelle, un repère collectif, un souvenir historique, une perspective pour le futur.


Cliquez ici pour écouter interview « Spécial Co-Vid19 » donnée au site de Podcasts dentaires « Entretien avec un Dentiste ».

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7 commentaires sur “Covid-19 : Quelles Perspectives?”

  1. Garoufalakis gilbert

    Bonjour, globalement en accord avec votre analyse .
    je rajouterai quelques remarques:
    1) la situation dans laquelle nous vivons n’est que le résultat de notre développement démographique et de notre cupidité dévorante et une mondialisation galopante qui ont détruit notre milieu ,nous avons le même QI que les virus; Un livre remarquable Homo domesticus de james c scott .
    2) Nous pourrions nous poser la question ,si rien n’avait été fait ?que serait ‘il advenu : un système de santé débordé un nombre de décès plus important mais moins important que la grippe espagnol , une certaine écologie égalitaire et un dérèglement économique certainement moins « impactant  » que celui que nous vivons actuellement et tout à fait inédit . (les promessses d’ouverture des réservoirs de vide financier que nous promettent la BCE et le gouvernement américain )
    3) Je m’interroge sur cette commande de masques (ffp2 ou chirurgicaux nous ne le savons pas ) 1milliards de masque ,c’est astronomique et ils arriveront trop tard nous ne pourrons même pas faire des cocottes en papier.
    4) sur le plan professionnel nous prenons des urgences actuellement pendant nos gardes qui nécessite le même matériel de protection (blouse casaque champs…. ,masque (ffp2 gracieusement prêtés par le CNO local) que nous utilisons pour poser des implants ,plus les temps de mise en place et de désinfection entre chaque patient ,ce qui me paraît in jouable sur le plan économique avenir .
    5) La maladie doit passer nous serons tous touchés ,je mourrai ou pas ,mais je ne me sentirai pas responsable de la transmission car celle-ci est inéluctable, Les mesures d’hygiène graduées en fonction de l’invasibilité de nos actes OUI cent fois Oui ,mais pas une réponse formatée et inapplicable.
    En conclusion: prendre soin et allez de l’avant ,prévenir et éduquer plutôt que guérir. Et merci pour vos billets toujours bien argumentés et constructifs.

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    • thedentalist

      Cher Gilbert,
      Merci de nous faire part de ces remarques et de vos interrogations que nous partageons, tant l’incertitude est grande.
      Je me permets de rebondir sur les points que vous évoquez :
      Le problème démographique est bien sûr un des éléments majeurs pour résoudre l’équation à l’échelle globale. D’autant que beaucoup de biologistes voient dans l’emergence de ce type d’épizooties une conséquence de la pression qu’exerce l’Humanité sur la vie sauvage, en particulier sur la biodiversité.
      Personnellement, je me souviens encore de l’époque, pas si éloignée, où l’Humanité célébrait en fanfare la naissance de son x-milliardième individu. La prise de conscience a progressé doucement… s’accélère aujourd’hui (mais essentiellement dans les pays développés semble-t-il) alors que les premières projections établies par des chercheurs du MIT dans les années 70 faisait déjà craindre, à terme, à un réel problème démographique, associée à deux autres éléments : l’épuisement des ressources et l’augmentation de la pollution du milieu. 50 ans de retard à l’allumage et de déni… Peut être que ce virus aura le mérite de mettre tout le monde d’accord.
      Mais l’intrication des paramètres biologiques, économiques, socio-culturels et politiques ne va pas nous faciliter la tâche car les intérêts sont contraires et les injonctions paradoxales.
      Le bouleversement global auquel nous assistons aura des conséquences énormes… jusqu’à l’arrivée d’un vaccin. Et il est néanmoins possible que les choses rentrent « dans l’ordre » du « business as usual ».
      Que va t-il se passer dans nos cabinets? Notre exercice risque d’être perturbé tant que cette menace virale perdurera : pourra-t-on reprendre notre activité « normale » alors que plane la menace d’une deuxième vague? Les patients vont-ils déserter les cabinets par peur des contaminations croisées? Les patients ne vont-ils pas revoir leurs priorités et faire passer les soins dentaires non urgents au second plan? Cela dépendra de l’impact économique de cette crise sur la population. Les exigences accrues en matière de protection vont-elles transformer nos façons de travailler comme vous l’évoquez? On peut parfaitement l’imaginer…
      Cette période de confinement nous permet cette nécessaire réflexion sur le sens des événements. Merci encore d’y avoir pris part.
      Portez-vous bien. Prenez soin de vous et des autres.

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  2. TOUBOL

    Je voudrais saluer ici la pertinence et la qualité de cet article qui, avec mesure et précision, décrit la manière dont les « comptables de la santé » on réellement détruit ce qui était dans les années 80/90 sans aucun doute possible effectivement le meilleur système de santé du monde.
    Comme son auteur personne ne peut prédire quelle sera la suite de cette épisode dramatique pour lequel nombre de soignants l’on déjà payé du prix de leur vie et qui pourra nous donner à nouveau confiance en ceux qui nous dirigent pour réviser nos modes de vie et de comportements.

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    • thedentalist

      Merci Toubol pour ce commentaire et pour l’intérêt, jamais démenti, que vous portez à nos articles.
      Vous rappelez un point capital : l’engagement des professionnels de santé qui sont en première ligne face à la maladie et qui, au risque de leur vie (il faut insister) tente d’en réduire le bilan sanitaire et humain. Le contraste est aujourd’hui saisissant entre cet engagement, le courage, la responsabilité des soignants et le monde politique.
      Mais les commissions d’enquête, les rapports parlementaires, les auditions des uns et des autres, la démagogie, la « comm », mais aussi l’agressivité de ceux qui réclameront « des têtes »… tout cela jettera le trouble sur la chronologie des événements et tentera de masquer les termes du problème. Pire : ce seront à ceux-là même qui ont permis que la dégradation du système de santé français, de trouver les solutions pour l’avenir.
      Cela dit, je vous propose une autre piste de réflexion : le système de santé américain va lui aussi révéler ses limites et ses dérives (avec la prise de contrôle du système par les assurances privées). Le bilan risque d’être terrible là-bas pour les raisons inverses des nôtres (gros moyens techniques mais insuffisance d’accès au soins). Pourtant, nous ne pouvons nous empêcher d’y voir la même cause : l’intervention extérieure d’acteurs « non médicaux » (assureurs et financiers outre-atlantique; politiques technocrates et comptables chez nous) dans le système de Santé. Et aucun d’eux ne sera vraiment là pour nettoyer après le carnage!

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  3. LE BELLEGUY

    Bonjour Guillaume,
    Toujours très juste…sur le fond et sur la forme!
    Et un bon tacle à notre technocratie, j’adore!
    N’hésite pas, si tu as encore du temps, à nous donner ta vision
    sur nos futures conditions d’exercice (même si tu l’abordes déjà ici…
    une bonne occasion de nous imposer des normes encore et des coûts!)
    Au plaisir de te lire, salutations amicales, Pierre.

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    • thedentalist

      Cher Pierre,
      Evidemment, le triste constat que l’on peut faire de cette crise ne fait qu’accentuer notre opinion sur ce système (de Santé bien sûr, mais pas uniquement…) suradministré et dont l’inertie ne s’explique que par la lourdeur administrative qui pèse sur lui, le manque de moyens qui lui sont alloués et la dilution des responsabilités dans tous les échelons qui composent son organisation.
      Nous ne pouvons qu’espérer qu’une nouvelle page s’écrira après cela…
      Nos conditions d’exercice seront bouleversées elles aussi. Inutile d’espérer que nous pourrons retourner dans nos cabinets et y travailler de la même manière qu’auparavant. Des incertitudes demeurent sur la date d’arrivée d’un vaccin efficace, sur le risque (difficile à mesurer) d’une « deuxième vague », sur les impacts économiques de la crise sur les cabinets et sur les patients eux-mêmes, sur les décisions syndicales, ordinales, administratives et gouvernementales qui seront prises nous concernant…
      Nous sommes au beau milieu d’une crise qui évolue au jour le jour (pour ne pas dire heure par heure). L’incertitude étant l’ennemi économique n°1 on peut d’ores et déjà parier que les investissements au sein des cabinets vont être gelés au moins jusqu’à la fin 2020…
      Autre hypothèse à plus long terme que je formule : constatant la désorganisation du système, nous serons nombreux à être tenté par l’introduction des intelligences artificielles pour une gestion plus efficace des données médicales complexes. On verra alors se développer les outils de recueil des données de santé et il faudra se poser des questions de respect de la vie privée et de secret médical. Et qui se chargera de concevoir ces algorithmes : des médecins, des informaticiens, des assureurs, des technocrates? De qui les intérêts seront servis en premier?
      Merci de ta participation à cette discussion.
      Porte-toi bien.
      Amitiés.

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      • gilbert garoufalakis

        Tout va dépendre de l’éthique du concepteur de l’algorithme et de qui doit -on se méfier ?;des assureurs donneurs d’ordre et des technocrates qui ne sont que leurs vassaux, Monsieur Ferrand est un bon exemple ,on ne mord pas la main qui vous nourrit.
        Sur le plan économique vais-je pouvoir continuer à faire travailler mon prothèsiste local qui a investi beaucoup dans un scanner et une usineuse dernier cri ou vais je me rabattre sur des gros labos qui auront des tarifs low cost pour du travail d’importation ;pour l’instant je tiens bon car ma charge d’emprunt est devenu faible , Mais que vont devenir les jeunes qui ont investis dans le miroir aux alouettes du tout numérique ?
        Ce qui est dommage c’est que nous sommes conscients des causes depuis fort longtemps ,mais que nous n’avons rien pu faire.
        D’ailleurs vous avez vu le nouvel SUV de Peugeot tout électrique il aura les masques ffp2 et les gants en cadeaux et en plus après cette crise il y aura certainement des promotions .
        Bonjour chez vous et happy face

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