Restons Confraternels!

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Cet article est librement adapté d’un article du Dr Chris Salierno, publié sur son excellent blog The Curious Dentist. Nous le remercions de nous avoir donné l’autorisation très amicale de le traduire et de nous en inspirer.


Vous avez tous connu, à un moment ou à un autre, cette situation un peu inconfortable où vous examinez un nouveau patient et vous observez d’anciens travaux dentaires d’aspect, hmmm… disons… discutable. Une couronne mal ajustée ici et là, des obturations pas très heureuses…

Faut-il en parler au patient? Comment? Car beaucoup de litiges émanent de constatations, de certificats d’autres praticiens qui se permettent de juger et de descendre le travail du praticien précédent.

Voici trois raisons pour lesquelles il ne faut pas critiquer le travail d’un confrère :

1- PLUS FACILE DE DIRE QUE DE FAIRE

Vous constatez des défauts sur les restaurations d’un patient? La tentation de juger est grande et il est facile de penser que l’on est bien meilleur a priori. Or, il ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Maintenant que c’est à vous de travailler dans la bouche de Mr Michu, vous réalisez -enfer et damnation! – qu’il ne supporte pas d’être allongé sur le fauteuil, qu’il a une toute petite ouverture buccale, une langue énorme et incontrôlable, un fleuve de salive, sans parler de son réflexe nauséeux à peine vous introduisez un miroir dans sa bouche…

A présent, vous regardez ses anciennes restaurations d’un autre oeil.

2- NE PAS PASSER POUR UN IDIOT

On peut penser que dire du mal d’un autre praticien vous donne du crédit auprès du patient. Parfois oui. Si le patient a quitté son ancien praticien suite à un litige ou un conflit, il appréciera surement que vous déversiez votre fiel pendant quelques instants.

Mais c’est en réalité une mauvaise attitude à adopter. La relation thérapeutique que vous allez créer sera basée sur la négativité. Or c’est toujours l’inverse qu’il faut rechercher.

De plus, aucun de nous n’est parfait. Et il se peut que, dans le futur, ce patient soit mécontent des soins que vous lui aurez prodigué. Si vous avez vous-même la critique facile, il y a des chances pour que cela se retourne contre vous.

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3- RESPECTER LA DÉONTOLOGIE

Le code de déontologie des chirurgiens-dentistes nous rappelle à des devoirs de confraternité (sous-section 4) :

  • Article R. 4127-261 :
    Les chirurgiens-dentistes se doivent toujours une assistance morale. Il est interdit de calomnier un confrère, de médire de lui, ou de se faire l’écho de propos capables de lui nuire dans l’exercice de sa profession.
  • Article R. 4127-262 :
    Le détournement ou la tentative de détournement de clientèle est interdit.

 

Concrètement, comment s’y prendre quand vous observez un défaut concernant les soins réalisés par un autre?

Il faut toujours mettre les signes cliniques que vous observez en balance avec les symptômes ressentis par le patient.

  • Si vous observez un problème fonctionnel (par exemple une couronne débordante) et si vous n’observez pas de carie secondaire et que le patient ne s’en plaint pas, il est préférable de ne pas évoquer le problème.
  • Si le patient se plaint du problème fonctionnel que vous observez, contentez-vous de décrire sobrement ce que vous observez, de manière neutre, sans en faire des tonnes. Si le patient est insistant et vous interroge sur la qualité du travail réalisé, faites tout votre possible pour ne pas accabler votre confrère et dites plutôt : « Je suis sûr que votre praticien a fait de son mieux mais parfois nos traitements ne fonctionnent pas et il est nécessaire de rechercher une autre solution.« 
Gros amalgame
Restauration discutable mais asymptomatique et fonctionnelle

Même principe concernant l’esthétique : notre point de vue de spécialiste n’est pas forcément celui du patient. Certaines restaurations choquent notre regard mais le patient n’y voit rien à redire.
En revanche, si le patient vous exprime clairement un mécontentement esthétique, concentrez-vous sur les solutions que vous êtes en mesure d’apporter plutôt que de vociférer votre indignation à propos des défauts que vous observez.

CONCLUSION

Critiquer ouvertement le travail d’un confrère n’est jamais une bonne idée. Il existe cependant deux exceptions : 1- si le travail réalisé montre que le praticien a fait preuve d’une incompétence et d’une négligence grossière; et 2- si des preuves répétées de malfaçon s’accumulent contre un même praticien. Dans ces cas de figures, il est préférable d’en avertir le conseil départemental de l’Ordre des Chirurgiens-Dentistes.

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