R.I.P la Prothèse Amovible

C’est une bien triste nouvelle qui inaugure ce début d’année 2022 puisque nous avons appris, avec la plus grande tristesse, le décès, après une longue agonie, de la prothèse amovible en France qui n’aura pas survécu au plafonnement, désormais total, des honoraires dans la nouvelle Convention de l’Assurance-Maladie.

Nous adressons nos plus vives condoléances aux praticiens libéraux, aux prothésistes et surtout aux patients.

UNE DISCIPLINE ANCIENNE ET EXIGEANTE

Qu’elle soit partielle (PAP) ou complète (PAC), la prothèse amovible occupait pourtant une position noble au sein des disciplines odontologiques. Véritable école de l’humilité et de la rigueur puisque la conception et la réalisation de ce type de prothèses réclamaient des connaissances transversales dans le domaines de la physiologie oro-faciale, des sciences de l’occlusion, de l’esthétique, des biomatériaux… auxquelles s’ajoutaient le souci de restaurer les fonctions orales, le soutien des téguments du visage et la qualité de vie chez des patients, plus ou moins âgés, mais toujours fortement invalidés par leurs édentements.

Les premières traces de l’utilisations de PA sont archéologiques puisqu’elles remontent à 700 avant J.C. A l’époque, les hommes utilisaient des dents humaines ou animales pour remplacer leurs dents absentes. Puis à partir des années 1700, le travail de l’ivoire ou de la porcelaine a permis d’imaginer d’autres types de conception. Mais c’est en 1728, que Pierre Fauchard réalise le premier châssis métallique pour prothèse dentaire amovible. Plus tard, dans les années 1850, les prothèses ont commencé à être fabriquées en Vulcanite, une forme de caoutchouc endurcie, sur laquelle des dents en porcelaine étaient montées. Au début du XXème siècle, de nouveaux matériaux comme la résine acrylique et des d’autres plastiques ont été introduits.

L’ARRIVÉE DE L’IMPLANTOLOGIE

La PA a commencé à souffrir avec le développement, dans les années 1970-80, de la prothèse conjointe dento-portée. Les performances et le prestige de cette dernière ont progressivement collé à la PA une image dégradée de prothèse instable et inconfortable. Pourtant on voit encore aujourd’hui que les deux disciplines peuvent se marier à merveille avec des prothèses dite « combinées » où la conjointe intégre des attachements de précision et des fraisages pour optimiser l’esthétique et la stabilité des PA.

Prothèse combinée, fraisages et attachements de précision.

Mais c’est avec l’arrivée de l’implantologie que la PA a le plus souffert. Le but affiché de cette nouvelle technologie était de supprimer purement et simplement les indications de bridges et de prothèses amovibles. Des milliers de patients ont ainsi pu échapper à ce qui semblait jusque là à une fatalité et d’autres ont pu bénéficier des implants ostéo-intégrés et du développement de nouvelles conceptions et de nouveaux matériaux pour ce que l’on nomme désormais les prothèses amovibles stabilisées sur implants (PASI).

Conception mixte muco-dento-implantaire

Cette évolution des concepts prothétiques a peu à peu éclipsé les principes fondamentaux de la prothèse amovible et malgré qu’ils soient toujours enseignés dans toutes les écoles dentaires, la discipline est en souffrance et n’attire plus grand monde. Beaucoup d’étudiants de dernière année avouent n’avoir jamais réalisé une PAP pendant leurs études, les publications ou les programmes de formation consacrées à la PA se font de plus en plus rares.

Prothèses amovibles complètes immédiates

Pire, sur la ligne de front, les prothésistes observent la forte dégradation de la qualité des travaux réalisés dans ce domaine, entrainant d’incessantes doléances et réclamations, au point que certains laboratoires décident même d’en abandonner la production ou de la déléguer à des pays exotiques.

Pour que la PA donne pleinement satisfaction, il faut rigoureusement en respecter les principes et les étapes de conception.

LA PA EST MORTE. VIVE LA PA!

Malgré ce triste constat, il y a encore des raisons de s’intéresser à la PA :

  1. Les implants restent inaccessibles pour un nombre considérable de patients, soit pour des raisons biologiques, soit pour des raisons financières.
  2. Le vieillissement de la population continue de favoriser le recours à la PA.
  3. Beaucoup de patients se portent candidats à l’implantologie pour supprimer l’inconfort lié au port de PA dont la conception laisse à désirer. Des PA rigoureusement réalisées permettent d’éviter le recours aux implants dans de nombreuses situations.
  4. L’apprentissage et le respect des règles de conception des PA (surtout en ce qui concerne la PAC) sont extrêmement utiles pour comprendre et assimiler les concepts de l’occlusion et de l’esthétique en prothèse fixée (aussi bien conjointe que sur implants)
  5. De nouveaux matériaux et de nouvelles méthodes numériques de conception et de fabrication voient le jour.

CONCLUSION

Malgré sa faible attractivité, la PA restera encore longtemps un des piliers de l’exercice de l’art dentaire. Il y a aura toujours des patients partiellement ou complètement édentés et donc des complets à réaliser et des châssis à ajuster.
Il est donc nécessaire que l’enseignement et la pratique de cette discipline ne disparaissent pas sans quoi, c’est tout un savoir-faire séculaire (tant dans les cabinets que dans les laboratoires) qui risque de se perdre.
Enfin, il semble logique et souhaitable que les honoraires puissent être corrélés à l’ensemble des impératifs biologiques et difficultés techniques propres à chaque patient, ainsi qu’aux coûts de production des laboratoires de prothèses de proximité.


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5 commentaires sur “R.I.P la Prothèse Amovible”

  1. Unger

    Merci pour cet article, en effet la prothèse amovible et notamment complète est un outil indispensable pour pouvoir proposer des plans de traitements financièrement abordables pour les patients.
    Ce sont bien souvent des plans de traitements prothétiques longs à réaliser compte tenu de la nécessité d’extraire certaines dents et de temporiser les cicatrisations, c’est à proprement parlé débile de vouloir plafonner ces actes, on nivelle par le bas comme d’habitude, merci la démagogie macronienne. Bisous

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    • thedentalist

      Cher ami.
      Merci pour ton commentaire. Je partage ton point de vue technique. En revanche, le président Macron n’a pas le monopole de la démagogie. Il faut se souvenir que le processus avait été enclenché par son/ses prédécesseur(s). Mais nul doute qu’il usera et abusera de cet argument pour sa campagne en vue de sa ré-élection sur le mode « grâce à moi le reste à charge sur les prothèses dentaires a baissé! » L’Assurance-Maladie, quant à elle se contre-fout de la qualité des soins : elle ne fait qu’une gestion comptable de ce qui constitue un levier électoral.
      La nouvelle convention a été signée sur le principe de « clauses de revoyure » qui permettrait d’adapter les plafonds aux réalités de l’exercice, avec l’engagement des complémentaires de ne pas augmenter leurs tarifs. On fait mine d’être surpris de découvrir aujourd’hui qu’elles ne respecteront pas leurs engagements! Le poids politique et l’unité de notre profession sont insignifiants et ne pèsent absolument pas dans les négociations. Hélas. Et le projet d’une « Grande Sécu » (comme si l’interventionnisme étatique était la solution) fait froid dans le dos…

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  2. HENNO Raymond

    Article est excellentissime! C’est le reflet d’une situation complexe qui dure depuis plus de 40 ans autant sur le plan des soins que prothétique ( M. Macron n’y est pour rien d’où sa volonté d’améliorer l’accès à divers prothèses dentaires auditives ou optiques). Pendant ma formation des années 1972 à 77, je ne me souviens pas d’avoir fait de prothèse à la «fac» dentaire, j’ai tout appris en collaboration, au fauteuil, en formations diverses et nombreuses ( UN GRAND MERCI MICHEL DABADIE entre autres ) et surtout auprès de mes patients et une très belle entente avec mon laboratoire de prothèse ( par ex: montage de dents en porcelaine rendant une occlusion pérenne). Étant à la retraite depuis 5 ans, ma petite expérience acquise n’intéresse personne autour de moi. Étant resté en contact avec mon ancien laboratoire de prothèse ( vœux de bonne année), la spécialiste de PAP PAC se désole de la médiocrité des empreintes, montages, occlusions etc. Conclusion : il faut que ce soit rapide, rentable sûrement en réponse à la nomenclature de la SS. Je suis sûr que si vous proposez des montages sur articulateurs avec prise d’arc facial et/ou mesures des pentes condyliennes ou utilisations de dents en porcelaines etc , il doit être possible d’être raisonnablement au-dessus du tarif imposé par un devis justifié.
    La PAC et PAP sont encore nécessaires et parfaitement justifiables mais il ne faut en dégoûter ni le patient ( par une réalisation négligée pour l’orienter vers plus rentable ) ni le praticien qui souvent n’y voit qu’un pis-aller par une formation insuffisante ( le fameux claquos de nos grands-parents)

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    • thedentalist

      Cher confrère,
      Merci pour votre témoignage. Oui, il y a toujours moyen de « prendre le maquis » en proposant des devis qui ventilent les différentes étapes de réalisation afin de compenser des plafonds d’honoraires hors-sol et impossible à tenir. Il nous reste encore le colloque singulier et l’entente directe. Dieu soit loué!
      Mais ce qui est plus inquiétant c’est la dégradation du niveau de qualité dans la discipline. La disparition d’un savoir-faire se fait plus vite qu’on ne le pense… Malheureusement.

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