La Grève (Atlas Shrugged)

by Ayn Rand


Dans la littérature anglophone, La Grève d’Ayn Rand est un grand classique, qui depuis sa parution en 1957, s’est vendu à plus de 10 millions d’exemplaires. Traduit en dix-sept langues, on dit même que c’est est le livre le plus influent aux Etats-Unis après la Bible. Pourtant, en France, l’ouvrage et son auteur sont quasiment inconnus… Et pour cause.

L’intrigue met en scène des capitaines d’industrie, des entrepreneurs, des ingénieurs, des médecins, des enseignants, des esprits créateurs, des hommes d’esprit… qui, ne pouvant plus supporter les attaques répétées du gouvernement, de la presse et de l’opinion publique à leur égard, décident, sous l’impulsion du mystérieux John Galt, de mener une grève de grande ampleur. Ils abandonnent volontairement et subitement leurs postes, laissant le pays dans le désarroi économique, intellectuel, moral et philosophique le plus total.

Ayn Rand, de son vrai nom Alissa Zinovievna Rosenbaum, est née en 1905 à St Petersburg, en Russie. Après des études d’histoire et de philosophie, elle fuit la révolution bolchevique, immigre au Etats-Unis et gardera une haine viscérale de l’idéologie socialiste et collectiviste qu’elle assimile de facto à une forme de totalitarisme

Avec près de 1500 pages, « La Grève » est un pavé qui, de prime abord, peut intimider. Mais Ayn Rand était scénariste pour l’industrie cinématographique et cela se ressent : scénario implacable de maitrise, personnages dignes des meilleurs films d’Hollywood, amour, action, rebondissements… Le style flamboyant de l’auteur, sa maitrise parfaite du suspense, sa description habile des sentiments et des intentions cachées des protagonistes en font un livre fascinant dont la lecture se dévore.

Ecrit dans les années 1950 aux Etats-Unis, ce roman-philosophique et à la fois roman d’énigme, est une extraordinaire matière à réflexion tant il est toujours d’actualité. Le lecteur français sera d’ailleurs surpris de constater la similitude frappante du contexte économique, social et politique du livre avec celui de la France des années 2010 : interventionnisme étatique grossissant, haine des patrons et des entrepreneurs jugés responsables de tous les maux de la société, capitalisme de copinage et corruption de fonctionnaires médiocres, peur du progrès scientifique, exploitation des intellectuels (philosophes, scientifiques) et des industriels par les pillards – terme récurrent dans l’œuvre – qui, au nom d’un prétendu intérêt général, spolient, dépouillent et massacrent les grands esprits novateurs.

« L’homme qui produit lors que d’autres disposent du fruit de son effort est un esclave. »

A la lecture de « la Grève », le professionnel de santé libéral se sentira enfin compris: la « loi sur l’égalité des chances » et le « décret 10-289 » ressemble à s’y méprendre à la Convention de la Sécurité Sociale et ses pathétiques règlements arbitraux; le personnage du Dr Hendricks, neurochirurgien qui renonce à la pratique médicale au nom de la liberté professionnelle et qui expose dans un passage du livre, les contraintes intolérables qui réduisent les médecins à l’esclavage dans un Etat-providence omnipotent obsédé par la solidarité. Il souligne les dangers encourus par celui qui confie sa santé ou sa vie à un médecin soumis ou étranglé.

Les dégâts créés en France par le collectivisme en matière de santé ne font d’ailleurs que confirmer les théories d’Ayn Rand : dégradation de la prise en charge, dé-responsabilisation, déclassement de la qualité des soins, disparition des praticiens français des congrès internationaux, poids et coût de la bureaucratie, manipulations de l’opinion publique par les assureurs et les politiques…

« La vérité est l’opinion publique ne font pas bon ménage »

En général, les idées libérales ou libertariennes provoquent, surtout en France, des réactions violentes qui placent, par principe, celui qui les exprime dans le camp « des méchants néo-libéraux ». Ayn Rand nous montre, avec méthode et finesse, comment nous en sommes arrivés à cet état de fait. En se plaçant au dessus de la mêlée politique, sa pensée ne laisse aucune place au manichéisme, à la généralisation ou la « lutte des classes ». Les individus qui souffrent – qu’ils soient capitaines d’industrie ou pauvres – ne sont pas tous les mêmes : il y a ceux qui ne l’acceptent pas et qui font tout pour s’en sortir, et il y a ceux qui le font « volontairement » pour pouvoir justifier de profiter des richesses des autres.

Ayn Rand nous apprend qu’il faut toujours se méfier de ceux qui prétendent n’agir que pour le bien commun car ils avancent masqués. Les intellectuels bien-pensants et les hommes politiques sont représentés comme des parasites qui profitent du travail des autres tout en le critiquant.

Fascisme et communisme ne sont pas deux opposés, ce sont deux gangs rivaux qui se disputent le même territoire. Tous les deux sont des variantes de l’étatisme, fondés sur le principe collectiviste que l’homme n’a pas de droits et est l’esclave de l’Etat.

La philosophie d’Ayn Rand se concentre sur 4 domaines principaux :

  1. La Réalité : L’objectivisme est la marque de fabrique de la pensée de l’auteur. Pour elle, il faut regarder cette réalité en face, de manière lucide. Les faits sont les faits et ne peuvent pas être transformée sous l’influence de l’idéologie, qu’elle soit politique ou religieuse.
  2. La Raison : Cela signifie choisir de faire face aux faits en tous temps, dans tous les domaines, que ce soit au travail ou à la maison, dans les affaires ou en amour – et peu importe quelle conclusion logique s’ensuit, agréable ou désagréable. Choisir de suivre la raison, fait valoir Rand, c’est rejeter les émotions, la foi ou toute forme d’autoritarisme comme guides dans la vie.
  3. L’Intérêt Personnel : C’est la propre existence de chaque individu qui guide chacun. En opposition perpétuelle avec l’Intérêt Commun, L’Egoïsme prôné par Rand a besoin in fine de la capacité qu’a chaque individu de développer un sens moral et une éthique sans lesquels toutes les dérives sont possibles. L’argent non plus n’a rien de diabolique. C’est même, selon Rand, le « baromètre moral d’une société. Quand la contrainte, et le non consentement mutuel, préside aux échanges commerciaux; quand il vous faut la permission de ceux qui ne produisent rien pour produire; quand l’argent revient à ceux qui échangent des faveurs et non des biens; quand des hommes gagnent davantage avec des pots de vin et des intrigues qu’avec leur travail et que vos lois ne vous protègent plus contre eux mais les protègent contre vous; quand la corruption est récompensée et que l’honnêteté devient l’abnégation… alors, vous pouvez dire que les jours de votre société sont comptés.« 
  4. Le Rôle de l’Etat : la philosophie politique d’Ayn Rand est logiquement celle du capitalisme de laisser-faire. L’Etat doit être réduit à ses fonctions minimales régaliennes n’ayant d’autre mission que de s’assurer que la liberté des uns s’arrête là où commence celles des autres.

Les idées d’Ayn Rand et les concepts qu’elles présentent sont complexes et bien évidemment discutables surtout lorsque, 60 ans plus tard, on constate les conséquences potentiellement dévastatrices du capitalisme.  Mais la discussion ne pourra pas s’engager de manière intelligente et intelligible avant d’avoir laissé l’auteur exprimé pleinement et complètement sa pensée et ses arguments par le biais des héros du livre; des femmes et des hommes qui n’ont pas pour habitude de faire grève.

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