L’éthique c’est Chic

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Scandales de mauvaises pratiques, poursuites judiciaires, prescriptions thérapeutiques excessives, honoraires abusifs… La dentisterie a aujourd’hui mauvaise presse à tel point que nos instances ordinales et syndicales tentent de redorer un blason bien terne auprès du grand public. Certes la méfiance des patients à l’égard de la majorité des chirurgiens-dentistes est victime de la couverture médiatique globale des abus d’une minorité de praticiens.

Mais sommes-nous vraiment une majorité à l’éthique irréprochable ?
Où se situent les dilemmes éthiques auxquels nous sommes quotidiennement confrontés ?

QU’EST CE QUE L’ÉTHIQUE?

L’éthique est une discipline philosophique qui tente de répondre à la question : « Comment agir au mieux? ». L’éthique va au delà des règles juridiques et morales qui restent très relatives au groupe social et à l’époque qui les fait naître. L’éthique en revanche établit des critères pour agir librement dans une situation pratique et faire le choix d’un comportement dans le respect de soi-même et d’autrui.

« Le pourcentage de voleurs est le même dans toutes les communautés, mêmes chez les gendarmes. »
Edgar Morin.

L’ÉTHIQUE EN MÉDECINE DENTAIRE

Dans un article de 2001, Gordon Christensen constatait déjà une érosion  progressive de la confiance accordée par les américains à leurs chirurgiens-dentistes. Il identifiait un certain nombre de dérives que l’on rencontre également en Europe de nos jours :

  • Indications et traitements excessifs : la patiente de 20 ans, qui se présente pour un détartrage alors qu’elle n’a pas de problèmes parodontaux et qui repart avec un devis de traitement parodontal global – avec observation des bactéries au microscope – pour 1500€ .
  • Honoraires élevés non justifiés : beaucoup de « coachs dentaires » recommandent d’augmenter leurs tarifs pour sélectionner et éliminer les patients qui n’ont pas les moyens de payer.
  • Refus des urgences : certains praticiens ne font aucun effort pour se rendre disponibles et traiter les véritables urgences dentaires.
  • Déni de responsabilité en cas d’échec prématuré d’un traitement.

Ces attitudes reflètent cupidité, égoïsme et manque de professionnalisme.

Une publication australienne de 2002  s’est penchée sur la question en partant du constat que de nombreuses situations pouvaient poser un cas de conscience au chirurgien-dentiste. Près de 500 praticiens d’âge et de sexe différents ont répondu à un questionnaire leur demandant leur avis sur cinq scénarios dont la problématique est d’ordre éthique. Des questions ouvertes ont également permis aux évaluateurs de mesurer l’impact de ces problématiques dans le quotidien des praticiens, de les corréler à l’âge ou au type d’exercice et de déterminer quelles pouvaient être les fondements éthiques des décisions prises.

Les deux principales sources de dilemmes éthiques sont :

D’ORDRE PECUNIAIRE

Les chirurgiens-dentistes ont deux rôles distincts et parfois conflictuels: professionnel de santé et chef d’entreprise. La question qui en découle est donc : argent et éthique font-ils bon ménage ? Les praticiens libéraux ne vivent pas de l’air du temps. Ils gagnent leur vie des honoraires qu’ils reçoivent de leurs patients. L’éthique veut que le praticien préfère toujours ce qui est bon pour le patient à ce qui est bon pour le cabinet.

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Prenons un scénario concret : un patient présente fracture coronaire de 46 en raison d’un amalgame volumineux sur cette dent. La dent est vivante et ne présente aucune symptomatologie pulpaire. Le praticien pose l’indication d’une reconstitution de la dent par onlay (céramique ou composite) collé. Le patient refuse cette option sous prétexte qu’elle n’est pas prise en charge par les organismes d’assurance santé qui lui conseillent de réaliser une couronne. Le praticien, redoutant le manque à gagner et ne voulant pas voir le patient quitter son cabinet, accepte de réaliser la couronne qui nécessitera  dévitalisation et mutilation de la dent.

D’ORDRE CONFRATERNEL

Autre situation « problem-éthique » typique : un patient mécontent des soins réalisés par un praticien vous consulte pour un deuxième avis. Quelle attitude avoir face à la découverte de soins grossièrement défectueux réalisés par un confrère? Le praticien se retrouve tiraillé entre son obligation légale d’information et le respect du Code de Déontologie en matière de confraternité. Ces textes ne sont que de voeux pieux dont l’aide qu’ils apportent est relative par rapport à la complexité  des situations quotidiennes rencontrées.

 « La morale non complexe obéit à un code binaire Bien/Mal, Juste/Injuste. L’éthique complexe conçoit que le bien puisse contenir un mal, le mal un bien, le juste de l’injuste, l’injuste du juste. »
Edgar Morin.  Ethique (La méthode 6) p. 60, Seuil 2004.

Note : D’autres situations éthiquement problématiques peuvent éventuellement survenir dans les rapports avec les membres du personnel ou dans les rapports avec les assurances santé (Sécurité Sociale et complémentaires).

Les résultats montrent que plus le praticien est jeune et plus il est préoccupé par les questions d’éthique. Le questionnement éthique nous semble également être une voie extraordinairement profitable pour le praticien et pour la réputation de son cabinet malgré le fait que l’éthique réclame souvent de résister à la gratification immédiate et de privilégier une reconnaissance à long termeDans un monde où justice, morale et valeurs volent en éclat, prendre une décision éthiquement juste est véritablement un acte hors du commun. C’est même un devoir.

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4 commentaires sur “L’éthique c’est Chic”

    • thedentalist

      Peut être avez-vous des contacts pour cela…
      A défaut et si vous jugez que l’Ethique vaut la peine, les réseaux sociaux sont d’excellents amplificateurs
      Bien à vous.

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  1. klein

    Bonjour,
    Faisant une recherche rapide sur le web concernant la philosophie et la chirurgie dentaire (je lis en ce moment « Anesthésie locale » de Günter Grass) je suis tombé sur votre site Internet d’une lecture très intéressante et agréable (sur l’Ethique et bien d’autres sujets…).
    Cordialement,

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    • thedentalist

      Bonjour,
      Günter Grass semble en effet avoir eu une grande expérience sensorielle et intellectuelle des douleurs bucco-dentaires et qui a vraisemblablement laissé une empreinte sur son oeuvre (voir ce lien). A tel point qu’il aimait à affirmer que le seul rendez-vous qu’il ne manquait sous aucun prétexte était bien celui chez son chirurgien-dentiste car il en avait malheureusement bien trop souvent besoin!
      Merci beaucoup pour votre commentaire.
      Au plaisir de vous lire.

      Répondre

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