Gagnera-t-on la Bataille de l’Hygiène?

detartrages

Une grande majorité de patients et de praticiens le pensent et l’affirment haut et fort : des visites de contrôle régulières chez le chirurgien-dentiste sont garantes d’une bonne santé bucco-dentaire à long terme.

Bien. Mais ça, c’est sur le papier. Qu’en est-il dans la réalité? L’activité de maintenance occupe une place importante, voire handicapante, dans l’activité de nos cabinets pour des résultats médiocres en termes de santé publique. D’autre part, la prévention, dont les actes sont sous-valorisés voire inexistants, n’occupe qu’une place dérisoire dans l’activité de nos cabinets. C’est tout le paradoxe de l’hygiène.

L’ENFER DU « P’TIT » DETARTRAGE

On peut considérer que la bataille de l’hygiène est perdue lorsque les patients se présentent à leur praticien qui, sans même leur demander le motif de leur consultation, exécute machinalement ce qu’il croit être la demande du patient : l’éternel et tout aussi inutile « petit » détartrage. Cet acte, aussi galvaudé que bâclé, est le symptôme cruel d’une profession qui a perdu toute sa respectabilité, sa responsabilité et son savoir-faire médical. Le praticien préfère des honoraires insignifiants plutôt que de prendre le risque de froisser un patient, habitué depuis si longtemps à cette méthodologie absurde.

Bien sûr, la faute incombe en grande partie à l’Assurance-Maladie, dont le manque de clairvoyance n’est plus à démontrer, et qui réussi à faire croire que le même acte pouvait être indiqué pour tous et produire les mêmes résultats pour tous les patients, quel que soit leur âge, leur état de santé ou leur statut parodontal.

« Le détartrage : c’est pour les gens qui n’ont pas de tartre! »
Pr. Roger Lerouge

Bien que cette phrase puisse surprendre et faire sourire, elle est pourtant vraie si l’on considère que le temps moyen consacré au détartrage dans les cabinets dentaires français est de 7 minutes (la preuve ici). A ce rythme là, il vaut donc mieux avoir des gencives en béton et le strict minimum de tartre entre les canines mandibulaires.

Sisyphe par Titien

Comment sortir de carcan?

  • Bannir le terme : plus personne au sein de votre cabinet ne doit plus utiliser le mot détartrage (et encore moins celui de « petit détartrage ») sous peine d’amende. Adoptez les termes de prophylaxie, maintenance parodontale individualisée…
  • Etablir un diagnostic parodontal individuel pour chaque patient : pas besoin de se revendiquer « spécialiste » pour prodiguer des soins parodontaux adaptés et efficaces. Cela implique de prendre le temps d’examiner systématiquement les patients et de déterminer le risque parodontal pour chacun d’eux.
  • Expliquer, sensibiliser, éduquer : si ce que vous constatez dans la bouche du patient n’a pas de sens pour lui, il y aura peu de chance pour qu’il accepte le traitement que vous préconisez. Dans ce domaine, la participation active du patient est la condition sine qua non pour l’obtention de résultats satisfaisants.

L’HYGIENE BUCCO-DENTAIRE

Avant de se jeter sur le détartreur dans l’espoir de gagner 5,92€ de plus qu’une simple consultation, il est donc intelligent d’aborder le problème de l’hygiène quotidienne avec le patient. Peu de praticiens prennent le temps de le faire pourtant le patient y est extrêmement sensible et vous en sera particulièrement reconnaissant.

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Il est assez rare de rencontrer des patients qui ne se brossent jamais les dents. Beaucoup le font mais de manière incomplète car il s’agit un geste automatique du quotidien que l’on effectue sans même y penser. A tel point que la durée moyenne d’un brossage est de 45 secondes… par jour! De plus, il est naturel d’éviter les zones où le parodonte est inflammatoire car elles sont douloureuses et hémorragiques. Il ne faut donc pas en vouloir au patient a priori.

Avec des explications claires et des instructions personnalisées, le patient comprend pourquoi ses gencives saignent depuis des années, pourquoi il ressent un mauvais gout et une mauvaise odeur dans sa bouche… Pour cela, il faut respecter quelques principes :

  • Personnalisez le message : utilisez un miroir de courtoisie pour montrer au patient ce qu’il se passe dans sa propre bouche. Cela aura plus d’impact que d’utiliser d’autres types de supports (dessins, photos, vidéos…)
  • Identifiez la cause : le patient doit bien faire la différence entre la plaque dentaire et le tartre. Montrez-lui ce que c’est que la plaque dentaire et où elle se forme. Bien souvent, cela produit un électrochoc dans l’esprit de celui ou celle qui a généralement pris soin de se brosser les dents avant de s’installer sur votre fauteuil.
  • Ne culpabilisez pas le patient : rien de plus contre-productif que de blâmer le patient (qui n’avait pas idée du problème – car souvenez-vous : il n’est pas dentiste!) ou de l’infantiliser (en lui demandant de se brosser les dents devant nous pour bien mettre en évidence ses lacunes dans ce domaine). L’attitude du praticien doit être aidante et bienveillante pour impulser une dynamique positive.
  • Faites la démonstration du matériel : Avec votre doigt, vous montrez au patient qu’il doit insister dans les zones postérieures et sur les faces linguales des dents. Démontrez pourquoi et comment il faut utiliser les brossettes inter-dentaires ou le fil dentaire.
  • Donnez quelques conseils supplémentaires  en anticipant les questions du patient : quelle type de brosse? quand? quel dentifrice? un bain de bouche?

CONCLUSION

La problématique de l’hygiène et de la maintenance est, encore une fois, une simple question de contexte. Si le contexte médical, organisationnel et relationnel du cabinet ne changent pas, il y a peu d’espoir de voir les résultats s’améliorer.

Il vaut mieux résister à la maigre satisfaction de faire un détartrage immédiatement à son patient et engager plutôt une discussion autour des nouveaux outils d’hygiène bucco-dentaire, des méthodes efficaces d’amélioration de la santé bucco-dentaire, du tabac

Malheureusement, nous sommes encore bien seuls face à l’immensité de cette tâche. L’implication des assistantes dentaires et la reconnaissance du métier d’hygiéniste dentaire sont des pré-requis indispensables pour aider les praticiens et les patients à alléger ce fardeau.


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